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		<title>Ruelles</title>
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		<title>gare</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 23:42:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[déviations]]></category>

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		<description><![CDATA[Pourquoi courais-je après ce train, m'acharnant à le rattraper ? Je savais que c'était mon train. Je l'avais sûrement raté de quelques secondes à peine, du moins c'est ainsi que j'évaluais mon décalage, cela ne pouvait être qu'ainsi.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=20335&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/traingare.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-20365" title="traingare" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/traingare.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Pourquoi courais-je après ce train, m&#8217;acharnant à le rattraper ? Je savais que c&#8217;était mon train. Je l&#8217;avais sûrement raté de quelques secondes à peine, du moins c&#8217;est ainsi que j&#8217;évaluais mon décalage, cela ne pouvait être qu&#8217;ainsi. Et c&#8217;est la raison pour laquelle j&#8217;avais encore toutes mes chances de le rattraper et déployais de formidables efforts, car que sont les efforts sinon ceux que nous fournissons de manière ultime, lorsque nous sommes sur le point d&#8217;atteindre notre but, lorsque nous savons en être si près ? Mon sort était pendu à cette course effrénée, tandis que je me cramponnais à l’épaisseur de mon souffle et aux muscles de mes jambes. Le train n&#8217;était déjà plus visible mais je connaissais à peu près toutes les stations par lesquelles il devait passer et les distances qui séparaient chacune. Ainsi tout en courant je me disais que j&#8217;étais en mesure de récupérer mon retard et de le rejoindre avant qu&#8217;il n&#8217;atteigne sa destination, qui était aussi la mienne. J’organisais ma respiration selon une précision mathématique, coordonnant mon souffle avec le nombre de traverses qui se présentaient devant moi. Mon talon heurtait le sol et rebondissait comme un ressort toutes les cinq lattes de bois, tandis que j’inspirais et expirais alternativement toutes les trois foulées. Si je ne variais pas ce rythme et ne ralentissais pas jusqu’à la fin du parcours, je pourrais aisément monter dans le train avant la dernière gare. Mais peut-être avec de la chance arriverais-je plus tôt encore, à une ou deux stations avant le terminus, et je pourrais alors tranquillement m&#8217;installer dans un de ces fauteuils moelleux tout en assistant à mon arrivée. Car il n&#8217;y a rien de plus exquis que de se trouver dans un train qui entre en gare et achève son périple, de regarder jusqu&#8217;au bout le spectacle de son arrivée. Il fallait que je sois dans ce train-là. Cette raison seule suffisait à multiplier mon ardeur. Je calculais que le temps d’arrêt du train à chacune des prochaines gares me laisseraient tout le loisir de rattraper mon handicap, et que grignotant petit à petit ce temps, je reprendrai suffisamment d&#8217;avance pour me trouver bientôt devant une de ses portières. D&#8217;après mes calculs, j&#8217;avais déjà entrepris la moitié du trajet et n&#8217;allais pas tarder à apercevoir la queue du dernier wagon.<br />
Tandis que je concentrais mes efforts et m’appliquais à repousser ma fatigue, guettant le moindre signe d&#8217;affaiblissement à divers endroits de mon corps, je sentis soudain une fantastique accélération de ma foulée. Mon pied avait dû heurter un gros caillou sur le ballast, provoquant le soubresaut. Ce nouvel élan n&#8217;était pas pour me déplaire, quoique suivi d&#8217;une perte de contrôle momentanée de mes jambes. J’avais soudain la sensation de voler. Propulsée vers l’avant, je m’enroulais irrésistiblement sur la voie en enchaînant de grands bonds. A cette allure je ne voyais plus grand-chose, excepté l&#8217;alternance en gros plans du gravier et du ciel. Puis les images s’arrêtèrent. Je sentis le contact rafraîchissant d’un caillou. J’avais dû m’assoupir quelques secondes après ma chute et me réveillai lentement, la joue reposant contre le ballast. C’est alors que j’entendis le bruit si familier du train filant à la vitesse de l’éclair.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/20335/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/20335/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=20335&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>façade</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2012 23:01:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[vase communicant]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est quelque chose qui a toujours été avec elle. La façade. Quelque chose qui aurait à voir avec les vêtements, la coiffure, les chaussures et ce manteau en poil de chameau. Aussi bien pourrait-on nommer ça la montre. Son père en faisait collection, justement. Lorsqu’il vivait en Suisse, dans son appartement du quai Gustave Ador, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=20145&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">C’est quelque chose qui a toujours été avec elle. La façade. Quelque chose qui aurait à voir avec les vêtements, la coiffure, les chaussures et ce manteau en poil de chameau. Aussi bien pourrait-on nommer ça la montre. Son père en faisait collection, justement. Lorsqu’il vivait en Suisse, dans son appartement du quai Gustave Ador, il marchait jusqu’au quartier de la gare de Cornavin pour y rencontrer ses amis horlogers qui vendaient des Cortébert juste avant qu’elles ne disparaissent, et des Longines au bracelet en or tissé dont l’une est restée dans la famille. Le paraître aussi bien. Je me souviens des chaussures à l’ornement vert et rouge et vert, la ferrure en métal imitant l’or, quelque chose qui aurait à voir avec la famille royale d’Angleterre et le Roi de Sicile, qui serait en phase avec le droit divin de la monarchie et l’esclavage des peuplades lointaines. Lorsque la promenade nous menait sur des pistes de poussière et de craie de cette lointaine et frileuse Picardie, nous appelions cela « les chemins non civilisés » comme si par là nous mettions ces routes et ces voies à distance, loin dans un passé fermé et honnis. Quelque chose d’elle qui marchait dans les jardins des Tuileries, qui prenait avec ce même frère qui vivait, lui aussi à Genève, son sac pour la mer noire, le delta du Danube et le départ de Constantza et le Bosphore au bout du voyage en bateau, Istanbul avant Samarcande qu’elle avait trouvée laide, Salonique ou Séville et sa Giralda, Grenade et son Alhambra, ces villes qu’elle visitait avec ses amies, ces façades qu’elle découvrait, les premiers trains filant </p>
<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/bruxelles-ok.jpg"><img src="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/bruxelles-ok.jpg?w=300&#038;h=228" alt="" title="bruxelles" width="300" height="228" class="aligncenter size-medium wp-image-20226" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">à Bruxelles grande vitesse, elle et son rire, le Palatino pour rejoindre sa sœur, la Via Veneto et le plaisir de rire des mines qu’avaient prises le Duce, la misère des pleurs de la neige, cette Picardie de vents et de pluies, ces congères du bord des rues, ce froid si intense, je me souviens, il fallait « se tenir », savoir se tenir, je me souviens de son sourire lorsqu’elle nous encourageait à aller à l’école, la demi-pension des deux premiers mois de l’année française, son incompréhension devant notre refus à tous, ses quatre enfants, son acquiescement aussi, fallait-il se sacrifier.<br />
Je ne la sais pas avoir été à Venise ou alors une fois, qu’une : trop de clinquant peut-être, trop de façades palatines sur le Grand Canal, trop de plumes, de brillants, de strass et de stucs, des masques évidemment qui n’en porterait ?  et évidemment qu’elle se savait en porter, la belle affaire, et évidemment que ses jupes et ses twin-sets en cachemire comme un jour je lui en offris un, était-il beige, ses couleurs pastels qu’elle aimait, ces marron glacé ou ces ocre clair, Rome oui, Tunis ou Le Caire oui, Londres bien sûr, son ravissement d’avoir vu Bilbao et son musée (mais comme elle haïssait ceux qui se disaient artistes…), Madrid et Copenhague, Amsterdam et ses voyages et ses regards amusés, parfois si noirs qu’on aurait aimé disparaître, ses colères monumentales, je me souviens qu’elle avait pris le parti de travailler à soixante ans, parce qu’elle n’allait pas « ne rien foutre de la journée », la place de chauffeur de voiture de place, conduire une grosse Mercédes, convoyer d’imposants hommes d’affaires d’Orly à la place de la Concorde ou à la rue de la Paix, en riant, ses lunettes de soleil et son bronzage, cette façon de l’être toujours, ses cigarettes et cette manière de ne pas faire son âge, cette volonté de ne jamais fêter son anniversaire, ce cinq du mois de novembre, je me souviens des rires avec son mari, lui de vingt trois elle de vingt six, via Ripetta, rue Lemerchier, rue de Rivoli ou Fabert, la petite Fiat blanche, la R16 bleu clair, je me souviens de la joie qu’elle avait de conduire, de sa peur et de son regard, place Denfert-Rochereau </p>
<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/veniseok.jpg"><img src="http://ruelles.files.wordpress.com/2012/01/veniseok.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" title="venise" width="300" height="225" class="aligncenter size-medium wp-image-20227" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">lorsqu’elle ne trouvait plus son chemin, le boulevard Raspail était là pourtant, elle, ses mots en arabe, ses injures en italien aussi bien, les « gros mots », les rires avec son amie photographe je ne sais plus, prénommée cependant comme elle&#8230;  </p>
<p style="text-align:right;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">(texte : PCH ; photos : ruelles)</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Merci à Piero Cohen-Hadria pour ce beau texte voyageur, et de m’accueillir sur son site collectif <a href="http://www.pendantleweekend.net/">Pendant le week-end</a>.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;"><em><a href="http://www.tierslivre.net/">Tiers Livre</a> et <a href="http://www.scriptopolis.fr">Scriptopolis</a> sont à l’initiative du projet de vases communicants, débuté le 3 juillet 2009 : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge pour chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Les participants des vases de janvier  :<br />
<a href="http://lasuitesouspeu.net/">G@rp</a>  et <a href="http://christopherselac.livreaucentre.fr">Christopher Selac</a><br />
<a href="http://camillephi.blogspot.com/">Camille Philibert-Rossignol</a>  et <a href="http://www.ericdubois.net/">Éric Dubois</a><br />
<a href="http://www.liminaire.fr">Pierre Ménard</a>  et <a href="http://www.amboilati.org">Benoît Vincent</a><br />
<a href="http://wingsofflo.blogspot.com/">Flo H </a> et <a href="http://www.auxbordsdesmondes.fr/">Isabelle Pariente-Butterlin</a><br />
<a href="http://quotiriens.blog.lemonde.fr/">Quotiriens  </a>et <a href="http://2yeux.blog.lemonde.fr/">Jacques Le Cleac&#8217;h</a><br />
<a href="http://www.motmaquis.net/">Juliette Mezenc</a>  et <a href="http://irregulier.blogspot.com/">François Bonneau </a><br />
<a href="http://petiteracine.net/wordpress/">Cécile Portier</a>  et <a href="http://brigetoun.blogspot.com">Brigitte Célérier </a><br />
<a href="http://etsansciel.eklablog.com/">Christine Zottele</a>  et <a href="http://tentatives.eklablog.fr/ce-qu-ils-disent">Christine Jeanney </a><br />
<a href="http://presquevoix.canalblog.com/">G Balland</a>  et <a href="http://doha75.wordpress.com/">Dominique Hasselmann</a><br />
<a href="http://infusoir.hypotheses.org/">Melodie Faury</a>  et <a href="http://penseedudiscours.hypotheses.org/">Marie-Anne Paveau</a><br />
<a href="http://louiseimagine.wordpress.com/">Louise Imagine</a>  et <a href="http://flaneriequotidienne.wordpress.com/">Franck Queyraud </a><br />
<a href="http://fenetresopenspace.blogspot.com/">Anne Savelli</a>  et <a href="http://www.joachimsene.fr/txt/vases-communicants/">Joachim Séné</a><br />
<a href="http://lsarahdubas.over-blog.com/">L.Sarah Dubas</a>  et <a href="http://www.boat-a-idee.com">Jean-Christophe Cros</a><br />
<a href="http://les-embrasses.blogspot.com/">Christine Leininger </a> et <a href="http://jetonslencre.blogspot.com/">Danièle Masson</a><br />
<a href="http://www.theoneshotmi.com/">Candice Nguyen</a>  et <a href="http://www.fuirestunepulsion.net">Guillaume Vissac </a><br />
<a href="http://www.outre-songe.com/">Josée Marcotte</a>  et <a href="http://www.xn--chatperch-p1a2i.net/spip/">Michel Brosseau</a><br />
<a href="http://sauvageana.blogspot.com/">Ana NB</a>  et <a href="http://academie23.blogspot.com/">Lucien Suel</a><br />
<a href="http://nolwenn.euzen.over-blog.com/">Nolwenn Euzen</a>  et <a href="http://julienpauthe.tumblr.com/">Julien Pauthe </a><br />
<a href="http://www.tierslivre.net/">François Bon</a>  et <a href="http://archeosf.blogspot.com">Philippe Ethuin</a><br />
<a href="http://ruelles.wordpress.com">Sandra Hinège</a>  et <a href="http://www.pendantleweekend.net/">Piero Cohen-Hadria</a><br />
<a href="http://www.fut-il.net/">Christophe Sanchez</a>  et <a href="http://www.frth.fr/">Franck Thomas </a><br />
<a href="http://samdixneuf.wordpress.com/">Samuel Dixneuf </a> et <a href="http://nicolasesse.com/">Nicolas Esse</a><br />
<a href="http://aquelquepasdelusine.blogspot.com/">Jérôme Wurtz</a>  et <a href="http://www.urbain-trop-urbain.fr/">Urbain trop urbain</a><br />
<a href="http://poemespourcafard.blogspot.com/">Tom Rambault</a>  et <a href="http://wanagramme.blog.lemonde.fr/">Wana Toctoumi </a><br />
<a href="http://cafcom.free.fr/">Jacques Bon</a>  et <a href="http://jetonslencre.blogspot.com/">Danielle Masson</a>  </p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Un grand merci à Brigitte Célérier qui a rassemblé les<a href="http://rendezvousdesvases.blogspot.com/"> vases</a> et en proposera demain, selon le rite attendu, sa généreuse<a href="brigetoun.blogspot.com/"> lecture</a>. A voir aussi la <a href="http://www.scoop.it/t/les-vases-communicants">mosaïque </a>des textes arrangée par Pierre Ménard.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/20145/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/20145/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=20145&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>titre</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Dec 2011 18:05:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[corps [avec ou sans] tête]]></category>

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		<description><![CDATA[Toute ma vie, je n'ai jamais réellement compris pourquoi on m'appelait madame ni pourquoi on m'appelait mademoiselle, étant appelée alternativement par l'un ou l'autre titre sans réellement savoir ce qui à chaque fois présidait à tel ou tel choix vis-à-vis de ma personne. <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19884&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/11/mad3.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-20081" title="mad" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/11/mad3.jpg?w=300&#038;h=224" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Toute ma vie, je n&#8217;ai jamais réellement compris pourquoi on m&#8217;appelait madame ni pourquoi on m&#8217;appelait mademoiselle, étant appelée alternativement par l&#8217;un ou l&#8217;autre titre sans réellement savoir ce qui à chaque fois présidait à tel ou tel choix vis-à-vis de ma personne. Je me suis tout au long de mon existence posé régulièrement la question de savoir ce qui faisait que j&#8217;étais tantôt assimilée à une dame lorsque j&#8217;étais appelée madame, et tantôt considérée comme une demoiselle lorsque j&#8217;étais appelée mademoiselle, étant désignée indifféremment par l&#8217;un ou l&#8217;autre titre à toutes les périodes de ma vie, en dehors d&#8217;un quelconque critère d&#8217;âge ou de situation matrimoniale ou encore d’apparence physique ou vestimentaire.<br />
Ainsi, à chaque fois qu&#8217;on me disait madame, je me demandais ce que j&#8217;avais fait ou au contraire n&#8217;avais pas fait pour mériter une telle appellation, de même que la semaine ou parfois le jour suivant lorsqu&#8217;on m&#8217;appelait mademoiselle, je m&#8217;étonnais de la même façon et essayais tout autant de savoir quelle attitude ou apparence je pouvais présenter à ce moment-là qui était susceptible de justifier ce titre.<br />
Je n&#8217;ai d&#8217;ailleurs à aucun moment de ma vie ressenti ou manifesté de préférence particulière ni pour le titre de madame ni pour celui de mademoiselle, n&#8217;ayant jamais eu la moindre attirance pour ce genre de titre ronflant et superflu, voire méprisant et hypocrite, ni de sympathie particulière pour cette distinction désuète et néanmoins persistante. S&#8217;il m&#8217;est arrivé de rectifier par principe le titre de madame par celui de mademoiselle lorsqu&#8217;on m&#8217;appelait madame, de la même façon que je rectifiais par principe le titre de mademoiselle par celui de madame lorsqu&#8217;on m&#8217;appelait mademoiselle, j&#8217;avais en réalité pour l&#8217;un et l&#8217;autre titre la plus profonde des aversions. Étant pour tout dire passablement agacée d’être désignée tantôt par l’une, tantôt par l’autre appellation, je me suis donc plus d&#8217;une fois évertuée à chercher les raisons qui dans mon apparence ou dans mon attitude particulière pouvaient justifier telle ou telle appellation, allant jusqu’à élaborer des paris ou des pronostics dans un certain nombre de situations.<br />
Comme je ne parvenais pas à trouver la moindre explication rationnelle liée notamment à mon âge, à ma situation matrimoniale ou à mon apparence physique ou vestimentaire, et comme je continuais par ailleurs et jusqu’à un âge relativement avancé à me faire désigner tantôt par l&#8217;une, tantôt par l&#8217;autre qualification, je m&#8217;étais mise peu à peu à considérer le choix de ces deux titres d&#8217;une toute autre manière. Ainsi, je remarquais à maintes reprises que, lorsqu&#8217;il m&#8217;arrivait de me présenter à quelqu&#8217;un avec une certaine fermeté et une certaine assurance, j&#8217;étais presque automatiquement gratifiée d&#8217;un madame, tandis que, lorsque je manifestais ou plutôt me trouvais manifestement dans une période de doutes ou de manque de confiance en moi, que j’exprimais alors par une attitude embarrassée ou hésitante, on me donnait presque systématiquement du mademoiselle. D’un autre côté, au fur et à mesure que je me posais toutes ces questions, recevant à tour de rôle les deux appellations, j’avais également été frappée par le fait que les deux noms ne résonnaient absolument pas de la même manière : alors que le nom de Madame claquait et tombait dans l’oreille à la façon d’un rideau de fer, celui de mademoiselle bruissait et glissait pour ainsi dire dans la même oreille comme un gazouillis de petit oiseau. Imaginant dès lors cette hypothèse qu&#8217;on m&#8217;appelait madame ou mademoiselle selon qu&#8217;on me voyait comme quelqu&#8217;un de plutôt timide ou de plutôt sûr de soi, je pouvais déduire de ma désignation par l&#8217;un ou l&#8217;autre titre que je me trouvais plutôt dans une période de doutes ou au contraire plutôt dans une période de certitudes, étant de mon côté parfaitement incapable de distinguer ou définir de manière irréfutable ce type de période pour moi-même. Car durant toute ma vie, lorsque je me croyais plutôt entrée dans une période de doutes, j&#8217;avais toujours essayé d&#8217;adopter par réaction une attitude des plus fermes et des plus assurées, tandis que, me pensant d&#8217;autres fois plutôt dans une période de certitudes et de convictions inébranlables, je feignais de prendre par réaction une attitude des plus hésitantes et des plus incertaines. Par suite, considérant que ma vie n’était et ne continuerait d’être qu’une succession ininterrompue de périodes de doutes et de périodes de certitudes, j&#8217;en étais arrivée en fin de compte à la conclusion que, n&#8217;ayant jamais cessé de l&#8217;être dans le passé, je ne cesserai de la même façon jamais d&#8217;être appelée par l&#8217;un ou l&#8217;autre titre jusqu’à la fin.</span></p>
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		<title>animaux</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Nov 2011 23:18:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[corps [avec ou sans] tête]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/11/animaux.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-19925" title="animaux" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/11/animaux.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;"> Je passais la plupart de mon temps dans les transports en commun, assis sur la banquette du métro à contempler en détail l’intérieur du wagon que je m’étais mis peu à peu à considérer, au fur et à mesure de mes trajets, essentiellement comme un wagon d’animaux, une ménagerie, un espace zoologique où je pouvais mener confortablement mes observations, étant mû par la conviction de plus en plus nette et profonde que tous ces individus qui voyageaient dans le même wagon que moi présentaient des traits communs avec telle ou telle espèce de ce qu&#8217;on continue d&#8217;appeler le règne animal. Et mon occupation, que je prenais trajet après trajet de plus en plus à cœur et de plus en plus au sérieux, au point de l’envisager bientôt comme un véritable travail, consistait précisément à rechercher et à définir de la manière la plus exacte possible de quel animal se rapprochait tel et tel individu qui faisaient en partie le même trajet que moi.<br />
Lorsqu’une piste s’imposait, ma découverte me permettait d&#8217;appréhender de façon plus pertinente le comportement de cet humain, − c&#8217;est une méthode que j&#8217;avais préalablement expérimentée en amateur parmi mes proches, la distinction de tel ou tel animal dans la figure d&#8217;un ami ou d&#8217;un parent m&#8217;ayant conduit à capter plus nettement les traits de sa personnalité et ainsi à saisir véritablement et de manière synthétique sa façon d’être et de fonctionner, m’amenant par exemple à comprendre tout à fait autrement des paroles approximatives ou trompeuses, de même que des actes ou des gestes commis par maladresse, par erreur ou par simple méconnaissance de soi. En déterminant ainsi de quel animal se rapprochait tel ou tel individu que je côtoyais, je m&#8217;arrêtais de le jauger en tant qu&#8217;être humain pour le regarder désormais aussi et à vrai dire surtout comme un animal, et en le considérant ainsi comme l’une des innombrables espèces connues du monde animal, c&#8217;est-à-dire en saisissant l&#8217;essentiel de ses désirs et de ses craintes, je parvenais peu à peu à transformer mon regard vis-à-vis de lui et à m&#8217;en rapprocher moi-même en fin de compte de manière substantielle, car c’est en parvenant à sa définition essentiellement animale que j’avais en quelque sorte accès à l’individu lui-même en ce qu’il avait précisément d’unique, d’idiosyncrasique et de personnel. D&#8217;un autre côté, étant parfaitement conscient du biais que constituait pour l&#8217;objectivité de mes analyses le fait de connaître déjà une personne, je me disais qu’il me serait loisible de revenir plus tard à l&#8217;étude de ces proches à la condition d&#8217;avoir exploré la plus grande quantité possible d&#8217;espèces animales, car j’avais par ailleurs acquis au fur et à mesure de mes innombrables trajets la conviction que cet échantillon de parents proches ou d&#8217;amis était excessivement maigre en comparaison du nombre et de la diversité prodigieuse d’individus auxquels me donnait accès le formidable vivier qu’était devenu pour moi le métro.<br />
Voilà donc à quoi je passais mon temps dans les transports en commun, étant chaque jour et à chaque trajet confronté à de multiples espèces et ayant ainsi à ma disposition et de manière pour ainsi dire permanente un réservoir immense qui me permettait d&#8217;approfondir librement mes investigations. Il m&#8217;arrivait ainsi de me rendre quelque part dans le seul but d&#8217;entreprendre un trajet et ce faisant, de poursuivre mes explorations et d’affiner certaines de mes hypothèses.<br />
Au début, alors que mes recherches n&#8217;en étaient qu&#8217;à leurs balbutiements, je faisais d&#8217;innombrables allers et retours sans être capable de procéder à la moindre reconnaissance d&#8217;animaux, à l&#8217;exception de quelques types connus tels que la chèvre, le chat persan ou la dorade. L’avancée de mes travaux se trouvait incommodée moins par les accessoires dont s&#8217;affublaient de multiples manières les passagers, lunettes, chapeaux, maquillages, teintures et autres coiffures qui non seulement ne changeaient que très superficiellement leur physionomie mais concouraient même utilement à l&#8217;édification de leur profil, que par l’impossibilité d’observer ces individus en dehors de la stricte et imprévisible durée de leur trajet. Parfois une possible hyène m’apparaissait comme un éclair avant de me filer entre les doigts, un raton laveur quittait la rame inopinément, une tortue descendait au moment même où je la subodorais, de même qu’une poignée d’autres espèces rares dont la subite disparition me laissait entièrement hagard sur ma banquette et dans la plus intense frustration, tandis que retentissait le signal long et strident de la fermeture automatique des portes.<br />
Mais dans le même temps, cette contrainte m’avait conduit à aiguiser considérablement mon sens de l’observation et du détail. Grâce à mon entraînement quotidien, il m&#8217;était devenu possible de repérer parfois en une poignée de secondes un animal. Non seulement les traits de son visage et de son corps, mais encore leurs mouvements, les formes et les connexions de chaque organe visible, leurs positions, l’écart entre chacun, les échanges par exemple entre les mains et la bouche ou entre les épaules et la tête, les jeux entre le front et la mâchoire, la courbe de l&#8217;échine, la façon de remuer les doigts, les poignets ou les coudes, de se tenir assis ou debout ou bien de se lever étaient parmi les sujets d&#8217;étude que je m’étais employé à manier de plus en plus radicalement.<br />
Au fil de mon trajet, je me déplaçais parfois dans le wagon et changeais discrètement de place pour me rapprocher des individus que je voulais observer, ce qui me permettait d&#8217;étudier leurs traits et leurs mouvements à une distance tout à fait confortable. Mais l&#8217;observation d&#8217;un individu se révélait encore plus instructive lorsque celui-ci se mettait à parler. Ainsi récemment une femme qui présentait au premier abord les allures d&#8217;un guépard dévoila, à la suite d’un appel téléphonique, toutes les caractéristiques de l’éléphant. Il m’arrivait également de discuter avec certains passagers, chose qui s’avérait utile dans la mesure où je pouvais orienter les échanges vers tel ou tel sujet susceptible de provoquer des manifestations spécifiques de leurs humeurs.<br />
Je multipliais ainsi mes allers et retours dans le métro, prenant conscience d’être entouré par une multitude d’espèces animales d&#8217;autant plus extraordinaire que mes hypothèses s’avéraient fructueuses, m’éclairant au point de regarder </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">désormais </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">avec la plus grande sérénité ces flots d&#8217;individus dont la lutte pour la vie m&#8217;apparaissait clairement et qui, dès lors que je les regardais en définitive comme des animaux, me semblaient à présent </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">beaucoup plus nobles et plus dignes d&#8217;intérêt que si j&#8217;avais continué de les considérer comme un vulgaire troupeau d&#8217;êtres humains faisant comme moi des allers et retours dans le métro.<br />
Voilà pourquoi </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">je m&#8217;étais mis </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">peu à peu </span><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">à passer davantage de temps dans mes trajets que dans mes propres destinations, le temps de mes divers rendez-vous étant devenu de plus en plus restreint à mesure que le temps passé dans mes différents trajets entre mes rendez-vous, à mener scrupuleusement mes recherches et parfaire mes observations, prenait clairement plus d&#8217;importance à mes yeux, au point que finalement le trajet était devenu petit à petit le but même et la destination la plus ultime de mes rendez-vous.</span></p>
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		<title>boulets</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 21:56:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[corps [avec ou sans] tête]]></category>

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		<description><![CDATA[Les chevilles pesaient mais c’était pour la bonne cause. Deux kilos à chaque pied, ça musclait les jambes et ça donnait du poids au corps. On les entendait marcher avant même de les voir. Le bruit du boulet frappant le sol, c’est ça qu'ils aimaient.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19589&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/09/boulet.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-19613" title="boulet" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/09/boulet.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Les chevilles pesaient mais c’était pour la bonne cause. Deux kilos à chaque pied, ça musclait les jambes et ça donnait du poids au corps. On les entendait marcher avant même de les voir. Le bruit du boulet frappant le sol, c’est ça qu&#8217;ils aimaient. Ça claquait, on tournait les yeux. On discernait parfois un cliquetis de chaînes. Et bien après qu&#8217;ils avaient franchi le coin de la rue, persistaient dans les oreilles les échos de leurs pas, en mémoire les contorsions de leur silhouette battant les trottoirs.<br />
Ils avaient appris à marcher avec leurs boulets tout neufs, observant d&#8217;abord longuement les autres avant de s&#8217;exercer en privé dans les couloirs de leurs appartement, décidaient au bout d&#8217;un moment de faire quelques allers-retours dans leur rue puis affrontaient un beau jour la ville, faisant désormais de leur boulet un usage quotidien, un organe consubstantiel.<br />
Depuis qu’ils étaient enfants beaucoup rêvaient d&#8217;en porter, empruntant en cachette les boulets de leurs ainés avec lesquels ils n’arrivaient pas à faire deux pas, se cassant rituellement la figure mais dédaignant plus que jamais les modèles spécialement conçus pour les petits qu&#8217;on leur offrait parfois à Noël, pour qu’ils imitent les grands sans se faire mal.<br />
On trouvait bien quelques manuels pratiques sur l&#8217;art de marcher avec un boulet, mais il était préférable d&#8217;acquérir cet art par ses propres moyens, et plus encore de le posséder naturellement.<br />
Lorsque des gens qui n&#8217;avaient toujours pas franchi le pas ou qui hésitaient encore à le faire leur demandaient s&#8217;il n&#8217;était pas trop douloureux ou contraignant de marcher avec ce poids supplémentaire, ils répondaient par un long éclat de rire et comme revigorés par ces questions, tournaient aussitôt les talons en les claquant de plus belle.<br />
On pouvait les distinguer au bruit qu&#8217;ils faisaient, leur attribuer un style, une qualité, un caractère. Les pieds étaient devenus la chose la plus importante, la plus expressive et la plus désirable. Le corps investissait désormais l’espace comme une statue qui se mettait à marcher. Chaque foulée marquait le sol comme on gravait la pierre, comme on burinait le marbre. Plus les chevilles étaient lourdes, mieux ils allaient. Ils pesaient chacun de leurs pas, conscients d&#8217;en faire une œuvre. S’ils devaient marcher sur une moquette ou dans l&#8217;herbe, l&#8217;effet était perdu, le parcours dénué de sens.<br />
La marche était devenue un spectacle que chaque pas mettait en scène. Ils étaient à présent certains qu&#8217;elle n’était pas le banal instrument d’un trajet mais l&#8217;expression de tout leur corps. Le boulet heurtait le sol et donnait l&#8217;impulsion, battait la mesure. Le corps se soulevait, ordonnant d’incessants déhanchements dans cette danse élégante et claudicante que chacun voulait unique.<br />
Ils accordaient leurs boulets à leurs habits, y collaient parfois un nœud rouge lorsque leur pull ou leur veste étaient de cette couleur. Ils possédaient plusieurs paires selon les circonstances. Certains en faisaient collection.<br />
Les modèles se multipliaient en boutique, le marché était en pleine explosion. On vendait dans les magasins toutes sortes de boulets, des classiques en métal ou en pierre aux modèles peints avec l&#8217;éventail de l&#8217;arc-en-ciel. Il y en avait pour tous les goûts, toutes les classes s’y retrouvaient. On pouvait les choisir enrobés de tissus épais, de laques ou de matières plastiques. Les plus blinblin y faisaient incruster des diamants ou napper la surface d&#8217;une fine couche d’or. Les boulets étaient parfois rehaussés de légers effets reliefs. D&#8217;autres s&#8217;éloignaient radicalement de la forme ronde, hérissés de pointes ou de clous comme les fléaux du Moyen-âge, ce qui les rendait plus inconfortables mais donnait du piment à la démarche. Les boutiques à la pointe proposaient des paires à la fois provocantes et glamour, s’écartant de l’esthétique sobre de la boule pour proposer des figures légendaires comme la tête de Marylin, de Mickey ou de Ben Laden, qu’on rebaptisait volontiers de noms communs tels la beauté, l’humour, la conviction. De tels exemplaires étaient réservés aux marcheurs les plus confirmés, car ils modifiaient considérablement la trajectoire du boulet.<br />
Des surenchères n&#8217;avaient pas tardé à apparaître sur le poids de leurs accessoires, et devant certains boulets plus proches des cinq kilos que des deux établis par l&#8217;usage, des polémiques se faisaient jour, des scandales éclataient, en même temps que naissaient des comités chargés de définir les canons, d&#8217;éviter les abus et de guider les utilisateurs.<br />
Le plus souvent ils marchaient lentement, le port du boulet excluant de courir, mais certains avaient fait de la vitesse un défi, s&#8217;entraînant durement à cette discipline périlleuse. D&#8217;autres surenchères se développaient sur les performances des marcheurs, les limites étaient repoussées chaque jour. On inventait des manières toujours plus élégantes et plus sophistiquées de marcher, en levant la jambe de plus en plus haut, en contrôlant le bruit produit par le boulet lorsqu&#8217;il heurtait le sol. La compétition était là. Lorsque la longueur de la chaîne était mal ajustée ou qu&#8217;ils avaient levé la jambe trop précipitamment, ils se blessaient parfois, blessaient les voisins. L’hiver ils portaient des bas sombres qui estompaient les bleus, l’été ils trouvaient des crèmes uniformisant la couleur de la peau.<br />
Lorsqu’ils quittaient leur boulet pour se laver ou se coucher, ils se trouvaient bien plus que nus, si légers soudain qu&#8217;ils ne sentaient presque plus leur corps. S&#8217;ils étaient privés trop longtemps de leurs boulets, ils finissaient par ramper, marcher à quatre pattes, ne sachant plus se tenir debout.</span></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/19589/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/19589/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19589&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>glissante</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Sep 2011 21:54:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[talus]]></category>

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		<description><![CDATA[La ville était glissante. La rue entièrement recouverte de graisse luisait aussi loin que s'arrêtait le regard. On aurait dit que chaque morceau du sol avait été soigneusement lustré durant la nuit.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19471&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/08/rue.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-19480" title="rue" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/08/rue.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">La ville était glissante. La rue entièrement recouverte de graisse luisait aussi loin que s&#8217;arrêtait le regard. On aurait dit que chaque morceau du sol avait été soigneusement lustré durant la nuit. Le goudron offrait des reflets spectaculaires, une brillance inconnue. A mes pieds se déployait un miroir gigantesque, un fleuve immobile et dur qui s&#8217;étendait à perte de vue, se ramifiait le long des immeubles abrupts. Il fallait marcher sur ce spectacle en évitant de glisser dessus, rejoindre son but. Les passants progressaient d&#8217;un pas pressé ou nonchalant selon leur préférence ou leur besoin mais la démarche toujours sûre, ils ne prêtaient aucune attention au revêtement. Je constatais le naturel de leurs gestes tandis que j&#8217;avançais avec de minutieuses et incessantes précautions, les yeux constamment rivés au sol, levant avec lenteur le pied sans savoir où je devais le poser pour ne pas finir à terre et continuer mon trajet. La rue était belle et adipeuse. A chaque pas la chute se présentait en possibilités multiples, le risque tendait partout la main. A peine baissais-je ma garde je perdais aussitôt l&#8217;équilibre. Par miracle je me redressais et n&#8217;en revenais soudain pas de ma chance, m&#8217;arrêtant une fois de plus pour contempler le sol. Je ne parvenais pas à me faire à toute cette graisse. Je reprenais mon pas craintif, inquiet, circonspect au milieu d&#8217;une foule marchante et impassible. Comment faisaient-ils ? Étaient-ce leurs semelles qui les rendaient si sûrs de leurs pas ? Ou leur façon de marcher ? Était-ce parce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas remarqué cette couche de graisse qu&#8217;ils arrivaient à progresser normalement, à courir lorsqu&#8217;ils avaient décidé de courir, à s&#8217;arrêter brusquement s&#8217;ils le voulaient, sans regarder un seul instant l&#8217;endroit où leurs pieds se posaient ? Cette graisse qui faisait de chacun de mes pas une entreprise douteuse agissait sur les autres comme de la colle.<br />
Je pris soudain mon élan et me mis à courir, libérant hardiment mes jambes qui s’étirèrent dans un large galop. Je chutai vite. La culbute fut sèche mais remarquable. Ma tête atterrit la première sur le trottoir. Cette chute me permit de lécher le sol. Il avait un goût de pluie.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/19471/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/19471/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19471&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>pieds</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Aug 2011 15:26:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[corps [avec ou sans] tête]]></category>

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		<description><![CDATA[Ils ne marchaient plus qu'en regardant leurs pieds. Et de voir s'ils filaient droit, si des obstacles ne se dressaient pas sur leur chemin, si le mouvement de leurs semelles en rencontrant le sol se trouvait léger, précis, harmonieux.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19343&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/08/pieds.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-19366" title="pieds" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/08/pieds.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Ils ne marchaient plus qu&#8217;en regardant leurs <a href="http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article1094">pieds</a>. Et de voir s&#8217;ils filaient droit, si des obstacles ne se dressaient pas sur leur chemin, si le mouvement de leurs semelles en rencontrant le sol se trouvait léger, précis, harmonieux. C&#8217;était une passion modeste et quotidienne. Si les pieds marchaient bien, heureux ils étaient. Ils maintenaient la tête penchée vers le bas et tout en les regardant aller, ils corrigeaient insatiablement leurs pas.<br />
Lorsqu&#8217;ils levaient la tête, ce qui leur arrivait devant un mur ou une porte, ils conservaient dans les yeux l&#8217;image de leurs pieds. Ils gardaient en toutes circonstances la mémoire de leurs pieds, le contrôle de leurs positions et de leurs mouvements. En route, ils veillaient à maintenir le juste écart entre leurs deux pieds, ni trop étroit, ni trop espacé, et leur bonne adhésion au sol.  Lorsqu’ils devaient s’arrêter, les pieds demeuraient suspendus dans les innombrables positions de l&#8217;attente, tels des chevaux dociles prêts à repartir, tantôt immobiles, en éventail ou repliés vers le centre, tantôt fébriles, bombant le torse à l&#8217;intérieur de la chaussure comme s’ils peinaient à respirer. Parfois ils se soulevaient à moitié du sol, comme des pédales ou des mâchoires, dans une sorte de salut alternatif et mécanique, puis retombaient à plat. D’autres fois ils piétinaient de manière anarchique comme des bambins impatients, n’attendant que le signal pour s’élancer. Souvent le gros orteil était seul à s’agiter, caressant son voisin, se frottant pesamment à lui. La fièvre gagnait alors les autres orteils qui, cherchant à se dégager de l’étreinte, se mettaient à leur tour à tortiller. Tout le pied était soudain pris de soubresauts.<br />
Dans leur marche, ils se heurtaient parfois entre eux et confus de ne s&#8217;être pas vus, se demandaient aussitôt pardon puis reprenaient hâtivement leur route. Quand ils croisaient un voisin, ils s&#8217;arrêtaient pour lui dire bonjour et dans l’échange des politesses, ils baissaient irrésistiblement les yeux, non par humilité, mais parce qu’ils croyaient lire dans les pieds de l’autre, devinant ses traits de personnalité, ses certitudes ou ses faiblesses.<br />
Lorsqu’ils marchaient à deux, ils regardaient leurs quatre pieds se mouvoir et la manière dont ils s’accordaient, attentifs au quadrille qu&#8217;ils formaient, à la démarche qu’ils adoptaient l’un à côté de l’autre, au rythme qu&#8217;ils composaient ensemble, et au moindre faux pas.<br />
Quand ils flânaient en groupe, parmi les nombreuses paires de pieds progressant dans la même direction, une s’avançait toujours en éclaireur, menant la troupe plus avant, puis cédait un temps le terrain. Une hiérarchie tournante se mettait en place, un match où chaque équipe mesurait son moment de gloire.<br />
A force de la maintenir inclinée vers le bas, la tête était peu à peu devenue perpendiculaire au tronc, le cou s&#8217;était subrepticement allongé. Relever la tête constituait désormais un effort douloureux. Le cou n&#8217;avait presque plus la force de porter le poids du crâne. Lorsqu&#8217;on les croisait ainsi, les yeux rivés au sol, on pensait qu&#8217;ils dormaient.<br />
Mais dans leurs rêves ils marchaient encore, leur corps étale endormi sur le matelas poursuivait inlassablement sa route. </p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/19343/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/19343/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=19343&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>paroles</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jul 2011 21:17:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[corps [avec ou sans] tête]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y avait ce processus habituel de digestion. On avalait les paroles et ce qui entrait devait forcément ressortir à un moment ou à un autre.<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=18837&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/07/paroles.jpg"><img src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/07/paroles.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" title="paroles" width="300" height="225" class="aligncenter size-medium wp-image-19243" /></a>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Il y avait ce processus habituel de digestion. On avalait les paroles et ce qui entrait devait forcément ressortir à un moment ou à un autre. Le délai était généralement assez bref. On entendait des paroles à la télévision, dans le métro ou chez des amis, on entendait un patron, un chanteur, des collègues, des flots de paroles pénétraient à l&#8217;intérieur de soi puis ressortaient quelques temps plus tard. Une envie incompressible de parler, d’ouvrir la bouche, de faire jaillir bruyamment des mots se trouvait bientôt là, et on se lançait, on y allait, on ressortait ce qu’on avait entendu, ce qu&#8217;on avait cru entendre, ce qu&#8217;on avait compris ou qu&#8217;on ne comprenait pas, ce qu&#8217;on avait mâché et remâché durant plusieurs heures, malaxé dans ses entrailles et qui peu à peu se recomposait, reprenait forme. Ce qui était encore en latence, qui ne s’exprimait alors qu’en vagues borborygmes devenait désormais un flux organisé de mots, de paroles, de phrases, de discours. Selon les termes du processus, ce qui ressortait ressemblait plus ou moins à ce qui était entré quelques temps plus tôt. C&#8217;était souvent une question de temps. Lorsque le délai devenait trop long ou trop court, c’est qu’il y avait un problème.<br />
Les paroles embrassaient une large variété de teintes et de formes, on y mettait plus ou moins son grain, sa sauce, de sorte qu’elles n’avaient parfois presque plus rien à voir avec les énoncés d’origine. Souvent l’ordre des mots variait, le vocabulaire changeait, les phrases étaient transformées, mais les sujets, les pensées demeuraient les mêmes. Quand les paroles sortantes étaient en tous points identiques à celles qui étaient entrées, on se disait qu’il ne se passait rien à l’intérieur, qu’il n’y avait pas eu de processus, qu’on recrachait simplement.<br />
Parfois quand ça ressortait ça nous rendait malade. Il fallait se débarrasser coûte que coûte de toutes les paroles ingurgitées. On faisait le vide puis on en reprenait. D&#8217;autres fois on n’y parvenait pas, c’était rentré, ça ne voulait plus ressortir, on poussait dans sa bouche, on poussait dans sa tête, on essayait de se souvenir, on tâchait de vider, de recracher la totalité, mais ça bloquait, on était plus malade encore. On disait que ça ressortirait plus tard, mais on se sentait mal. On avait une envie d’expulser, de vomir. Ça ne passait pas, on avait le vertige. A un moment on finissait quand même par exploser, un déluge de bruits se déversait alors, de mots gonflés, de paroles incompréhensibles.<br />
Par périodes quand on n’en pouvait plus du processus on se bouchait les oreilles, on se faisait porter sourd. On ne voulait plus entendre. Mais en n’entendant plus rien les paroles aussi ne venaient plus, on devenait bientôt muet. Alors un temps on avalait les livres, on noircissait les carnets.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ruelles.wordpress.com/18837/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ruelles.wordpress.com/18837/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=18837&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>invasions</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Jul 2011 22:42:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
				<category><![CDATA[talus]]></category>

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		<description><![CDATA[On disait de ce pays qu'il se laissait trop facilement envahir, et qu’à force de subir de multiples incursions étrangères, il perdait de plus en plus de crédit sur la scène internationale. <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ruelles.wordpress.com&amp;blog=5745986&amp;post=18815&amp;subd=ruelles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/07/p chaise.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-18847" title="invasions" src="http://ruelles.files.wordpress.com/2011/07/chaise.jpg?w=300&#038;h=225" alt="" width="300" height="225" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">On disait de ce pays qu&#8217;il se laissait trop facilement envahir, et qu’à force de subir de multiples incursions étrangères, il perdait de plus en plus de crédit sur la scène internationale. Son image s&#8217;était considérablement effritée ces derniers temps, et on mettait à présent sérieusement en doute la légitimité de sa gouvernance et son pouvoir de décision. Il continuait néanmoins à être reconnu officiellement par la communauté des nations, disposant toujours de son siège au Conseil des États au même titre que toute autre nation souveraine dont l&#8217;autorité et l&#8217;influence étaient incontestées, mais on lui accordait désormais une audience des plus limitées.<br />
Lors des sommets internationaux, ses allocutions ne suscitaient plus depuis un certain temps qu’une vague indifférence de la part des autres nations, et si quelques applaudissements d&#8217;usage pouvaient encore faire illusion dans les tribunes, le mépris qu’on lui témoignait en comité plus réduit attestait d&#8217;une façon claire que, sur le terrain de la politique mondiale, ce pays n’avait plus guère voix au chapitre. On feignait toutefois de l’associer aux grandes négociations, mais s’il figurait toujours en bonne place sur les photographies de groupe, il était en réalité soigneusement écarté des instances décisionnaires.<br />
On jugeait ses prises de positions souvent ambiguës ou contradictoires et on les suspectait de refléter les intérêts de telle ou telle faction qui sévissaient ici et là sur son territoire. Peu relayées jusqu&#8217;alors par la presse internationale, des informations émanant d’ambassades et de divers correspondants locaux faisaient état d’incursions régulières et d’arrivées parfois massives de populations sur certaines parties de son espace national. L’État, en dépit de ses déclarations officielles, ne semblait parvenir ni à les contenir ni à les contrôler.<br />
Le pays était cerné par de nombreuses frontières terrestres et disposait également d&#8217;un petit accès à la mer. Ayant jadis établi son leadership sur les territoires et rivages voisins, il semblait désormais subir un revers d’influence et se révélait impuissant à maintenir son autorité sur l’ensemble de son territoire. Si le pouvoir affichait une politique de contrôle aux frontières, il se trouvait en réalité largement dépassé dans ses provinces.<br />
Faisant preuve d’une surprenante efficacité, les nouveaux arrivants parvenaient rapidement à noyauter les institutions locales, bénéficiant du soutien d’habitants volontiers hostiles au pouvoir en place et qui se mettaient spontanément à leur service. Utilisant des fonctionnaires, des notables ou de simples citoyens, ils finissaient par installer de nouveaux responsables locaux, modifiant bientôt les règles et les usages dans la région. Des réformes se mettaient en place, de nouvelles infrastructures et architectures étaient ébauchées. Parfois ils repartaient vers de nouveaux territoires, et d’autres arrivaient. La région prenait de nouvelles marques. La population, réjouie de contester le pouvoir central, encourageait largement ces transformations. Les mœurs commençaient à changer. Les antennes administratives et judiciaires gagnaient en autonomie. Un certain régionalisme voyait le jour. On constatait ainsi des orientations divergentes d&#8217;un bout à l&#8217;autre du territoire national. Ce pays qui jusqu&#8217;ici s’exprimait d’une seule voix en élevait désormais plusieurs. Ce qui faisait son identité, ce qui constituait son patrimoine ancestral se fissurait de part en part. Le socle de la culture commune, l’unité de la nation se morcelaient. L&#8217;État s’affaiblissait, s&#8217;émiettait en d&#8217;innombrables zones d’influence. La dispersion était de mise.<br />
Comment cette situation s&#8217;était installée, aucun des observateurs ne parvenait à le comprendre. Ce pays possédait jusqu&#8217;alors un système politique solide, se distinguant par l&#8217;exceptionnelle continuité de ses institutions. Le pouvoir s’était transmis de siècle en siècle, sans vacance ni vacarme. Cette stabilité en avait fait un modèle pour de plus jeunes nations en train de se construire. Cité en exemple dans les manuels d’histoire constitutionnelle, il était classé dans le monde entier parmi les pays les plus matures tant du point de vue politique qu’économique, social, culturel ou intellectuel.<br />
Les craintes des grandes nations devant ces nombreux signes d&#8217;anarchie furent vite apaisées par le fait qu’aucune puissance étrangère ne menaçait de contrôler le territoire. L&#8217;afflux de population semblait en outre le fait d&#8217;individus isolés ou de groupes non partisans, qui s’intégraient rapidement à la population locale. Et si de son côté l’État adoptait, à l’image de sa situation intérieure, des positions souvent complexes, mouvantes ou imprévisibles, il ne représentait lui-même aucun danger pour les autres États, manifestant à l’instar de son peuple des intentions foncièrement pacifiques.<br />
Et c&#8217;est parce qu&#8217;aucune ligne directrice ne semblait ressortir de la politique de cet État, dont les positions fluctuaient en raison des mouvements de ses différents centres, que non seulement il ne constituait aucune menace pour les autres nations, mais qu’il formait de surcroît pour elles un nouveau terrain d’expérimentation politique, offrant un modèle de développement d&#8217;une souplesse et d&#8217;un dynamisme nouveaux. Après une période de méfiance et d’attente, des délégations de plusieurs États furent peu à peu envoyées aux quatre coins du pays. Des universitaires et des chercheurs y firent de nombreux séjours afin d&#8217;en étudier de plus près les mécanismes.<br />
L&#8217;État, qui suivait lui-même au jour le jour les transformations au sein de sa population et de son territoire, réagissait à la manière d&#8217;un corps qui ne maîtrise plus ses membres, mû à la fois par une intense soif d&#8217;ordre et par une curiosité aiguë, une impérieuse volonté de comprendre.<br />
De toutes ces expertises, si complexes et provisoires fussent-elles, il ressortait que le pays dans son inépuisable cacophonie n&#8217;avait au fond jamais gardé qu&#8217;une seule voix. Cette voix singulière et unique était l&#8217;expression même du doute. Cet État avait perdu toute certitude. Il était d&#8217;ailleurs relevé avec stupéfaction que dans cette nation éparpillée, s’élevait de toutes parts un grand rêve d&#8217;unité, et l&#8217;espoir tenace qu&#8217;elle serait un jour atteinte. Mais lorsqu’on se penchait plus avant sur cette question, la façon dont cette unité serait atteinte était elle-même vouée à de multiples va-et-vient ainsi qu&#8217;à d’innombrables interprétations et controverses.</p>
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		<pubDate>Wed, 06 Jul 2011 18:29:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ruelles</dc:creator>
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<p style="text-align:justify;"><span style="font-size:10pt;font-family:Arial;">Je ne l&#8217;ai pas reconnu tout de suite à la sortie du centre commercial. La maladie l’avait à tel point transfiguré qu’il ressemblait à présent à un jeune homme, presque à un enfant. Son corps avait fondu de manière spectaculaire et radicale. Sa silhouette jadis trapue et imposante, serrée dans ses costumes uniformes d&#8217;un gris sombre, était devenue aussi fine et fluette que celle d’un jeune adolescent. De l’homme mûr que j’avais côtoyé à de nombreuses reprises trois ou quatre années en arrière, ne subsistaient que ses grands yeux clairs et rieurs. Or non seulement il semblait s&#8217;être parfaitement accommodé de sa nouvelle apparence, mais il paraissait même en jouir intensément, affichant une insouciance quasi outrancière. Il portait une casquette fichée de biais sur la tête, un short large qui descendait jusqu&#8217;aux genoux, des chaussettes voyantes et un de ces tee-shirts à grands motifs colorés en vogue dans les collèges. Il écoutait de la musique en marchant d’un pas effervescent, l&#8217;air joyeux, sautillant, se déhanchant avec un naturel énorme, savourant sans retenue son insolente légèreté. Il me fit un vague salut de la main sans freiner son allure. Je le regardai filer jusqu&#8217;à sa disparition derrière un immeuble, n&#8217;arrivant pas à admettre que c&#8217;était le même individu qui me recevait à deux pas de là dans son cabinet de médecine et me prescrivait ses ordonnances après que je lui eus confié mes problèmes de santé.</p>
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