tombe

Dans le carnage de l’accident, on n’a pas dû faire attention. Les erreurs, ça arrive aussi dans la mort. Ma dernière grimace avant évanouissement a été si démonstrative qu’on m’a recouverte d’un drap avec les autres. Bien occis à côté de moi dans la voiture, mon patron par sa notoriété a captivé les projecteurs, laissant le reste du convoi aux ténèbres.
On m’a néanmoins pleurée, on m’a entourée puis enterrée. Bien que comateuse à l’époque, je n’en ai pas un souvenir désagréable. Pas désagréable non plus ce sentiment de bouillonnement invisible, d’inertie vitale, de pause appuyée. J’en ai profité pour reprendre des forces, vivant quelques temps d’herbe et de fleurs laissées par les visiteurs. Jusqu’au jour où j’ai eu assez de fermeté pour décider que ça suffisait. J’ai griffonné un mot sur un papier d’emballage que j’ai fixé à une tige de fleur artificielle et hissé à l’air libre comme un fanion. Il indiquait simplement : « vivante ».
La chance a suivi. Celui qui a ramassé le billet venait régulièrement dans mon lot pour nettoyer les tombes, jeter les fleurs fanées, arroser les vieux pots. C’était le fils du gardien du cimetière. Une histoire d’amour est née.

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