consultation

Un hall blanc, très haut de plafond, traversé par de longues colonnes en béton, rempli d’une foule hétérogène. Pas de siège, tout le monde est debout, certains, vieillards, s’appuient sur de plus jeunes. Ils font face comme une armée immobile, en touches sombres. Peu se connaissent, peu communiquent, on l’entend au silence. Une armée de patients. Ce silence comme un immense murmure, de salle d’attente, de paquebot église. Adoration de l’attente. Et derrière ce bruit léger  lancinant, une espèce de frottement, comme du papier qu’on manie.
Ils ont tous rendez-vous, tous sont venus, même heure, même jour, même lieu. Rendez-vous.
En approchant les visages se précisent. J’aperçois dans la foule mon voisin de palier, plus loin mon oncle et ma tante, là-bas mon ancien professeur d’anglais, puis la boulangère de mon quartier, mon premier petit copain, le flic qui m’a collé une contravention et traînée au poste parce que je l’avais traité de macaque, le maître-nageur qui a retrouvé mon sac perdu dans un jardin de Honfleur, la logeuse de la chambre que j’avais rue du Pélican. Cette foule, je la connais individuellement. Et pourtant au milieu d’elle ces visages qui ne me rappellent plus rien mais que je sens avoir connus, croisés, que je voudrais reconnaître, savoir qui.
Certains sourient, me font un clin d’œil, l’air bon enfant.D’autres font mine de pleurnicher, le regret pas loin. Beaucoup me fixent d’un œil oblique en montrant les dents.
Soudain au fond du hall, une porte s’ouvre et j’entends épeler mon nom. Délivrance.

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