sortie

… Ça oui, je le savais. Dans la voiture j’étais d’un calme. On me sortait. Ma dernière sortie. Ils semblaient si émus, ils étaient bouleversés. Moi j’étais calme, monstrueusement calme. On est allé prendre des sandwichs à Belleville, chez mon traiteur préféré, et ils ont mangé tous debout autour de moi. Ils riaient mal dans leur tristesse. J’aurais aimé les consoler. C’était trop. Ils me faisaient de la peine, à leur place j’en aurais eu. Mais plus ils étaient peinés, plus j’étais forte, sereine, plus j’étais forte, sereine, sœur, reine. J’ai souri.
Ça n’a pas duré. J’ai seulement compris quand la porte s’est refermée. La porte, fermée. Je crois qu’il ne fallait pas qu’ils restent trop longtemps. Ils reviendront, ils resteront, plus tard, plus longtemps. Plus tard. Peut-être.
C’est ça, exactement comme quand j’étais enfant. M’adapter. Me fier à mes instincts. Ne pas paniquer. J’en ai vu d’autres, des plus vertes. C’est ça, une table, un lit, rien d’impressionnant, ils ont même mis un petit frigidaire, ça c’est bien vu à côté du chevet, et aussi un miroir, une petite salle de bain proprette, la fenêtre, voyons voir la fenêtre : des arbres, un petit jardin, des immeubles, les voisins, le ciel, rien d’extraordinaire, rien de monstrueux, tout ce qu’il y a de plus normal. C’est normal. Tout est normal. Tout. Normal…
(journal posthume d’une vieille analphabète)</em

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