réussites

Faire des réussites, c’était une façon comme une autre de ressembler au père qui, rentrant chaque soir du travail à l’usine, après avoir ôté ses chaussures, s’installait à la table du salon et étalait son château de cartes sur la toile cirée, à côté du verre de whisky.
Faire des réussites, c’était comme lui tenter mécaniquement de rassembler le désordre, de raccommoder, de reconstruire ce qui était en vrac, ce qui partait en miettes tout autour de la table. Une manière si facile de le contrôler, ce chaos, de reconstituer un à un les morceaux, de refaire patiemment une fois encore ce puzzle toujours différent, de réparer, même si ce n’était qu’un jeu éphémère, le temps et l’espace.
Faire des réussites, c’était une façon de balayer les échecs, de se concentrer sur ce morceau de table et de rire de tout le reste.

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