cadeau

C’est par milliers que chaque matin ils recevaient le cadeau. On l’offrait à tous sans distinction, ni de race, ni de sexe, ni de classe sociale, ni de faciès. Tous étaient élus.
D’un geste spontané, ils acceptaient volontiers cette main tendue vers eux.
Afin d’éviter toute gène, le donneur calculait instinctivement la trajectoire du passager, lui glissant l’offrande juste avant qu’il ne descende les marches de son souterrain.
Peu à peu, les gens commencèrent d’eux-mêmes à le prendre ou à le réclamer, déçus lorsqu’il n’y en avait plus. Un sentiment de manque naissait alors et pour combler le vide, certains rallongeaient sciemment leur trajectoire, en quête du cadeau devenu rare.
Dans le train, les élus déballaient leur présent et ce faisant, se dépassaient eux-mêmes et s’ouvraient au monde.
Ce n’était pas l’écran vulgaire, le monstre lotophage, la gangrène télévisuelle, non, c’était de la lecture, c’était de la culture. On les formait d’une façon simple, claire, lisible. L’information devenait une bénédiction commune. Lavé dans cette nouvelle eau, on remontait tout frais en surface pour la journée. Chaque matin, comme une hostie, on recevait sa ration de pain béni. Bientôt le soir aussi. Leur nouvelle religion était en marche.

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