montagne

En route vers le sommet. De la gare à la station de ski, il n’y a qu’une vingtaine de kilomètres en navette mais pour les vacanciers familiers des villes, des feux rouges et des lignes droites, c’est une inconcevable éternité de lacets et de côtes, de freinages et d’accélérations brusques peu rassurants.
Le chauffeur jovial, aussitôt dégainée sa première vitesse, met le volume à fond sur son autoradio et file droit vers les premières hauteurs.
Un collègue s’est installé à l’avant et partage avec lui le bout de route. Ils crient fort à cause du raffut du véhicule plus tout jeune, sur un fond de tubes de variétés radiophoniques.
Ouais, il est tombé 1 mètre de neige en une nuit là-haut, les gars ont dû monter pour déblayer.
A l’arrière, on est quelques familles cramponnées aux accoudoirs ou aux appuis-tête, à écouter en suspens la conversation, entre deux vérifications de ceintures.
Paraît qu’ils ont prévu encore une tempête pour cette nuit !
On entame la montée cahoteuse vers le premier col. Les virages incessants,  l’alternance répétée du frein et de l’accélérateur commencent à provoquer des nausées. Au dos des sièges, on vérifie les sacs en papier, on en distribue à ceux qui en manquent.
Tu seras là pour le prochain déneigement, toi ?
De notre siège, on distingue nettement le vide,  penchés périodiquement vers lui.  On touche des yeux le précipice puis on réintègre la route dans un cri d’accélérateur tonitruant. Le paysage commence à se faire grandiose. Les montagnes se dressent de toutes parts, maîtresses incontestées. Étrange sentiment d’admiration et de peur devant la divine Nature.
Le ton monte un peu entre les deux collègues et la route suit les méandres du débat.
Nan ! Nan ! Pas du tout ! J’ai dit au chef que j’pouvais pas, il a rien compris, c’est pas ma faute à moi ! C’est toujours pareil ! Il accélère d’un grand coup de pédale. Suit un enchaînement de virages courts et secs, dans un bruit de moteur assourdissant.
Rrrraaa ! J’vais m’expliquer une bonne fois pour toutes avec lui ! C’est bon pour cette fois mais faut vraiment qu’on s’mette au clair !
Vient ensuite un long virage. Silence. On passe devant une petite butte garnie de bouquets de fleurs fraîches et d’une croix. Un odeur de vomis se propage, un enfant a rendu.
C’est encore loin ? demande timidement le père.
Encore trois cents mètres et on y est !
A l’arrivée dans la station,  je me dis cette chose simple qu’avoir ou ne pas avoir un accident de la route dépend des pensées du chauffeur.

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