sortie 2

Je le savais, je savais bien que j’irais là-bas un jour, que je finirais comme ça moi aussi. C’est mon tour. Ça y est. C’est là. Maintenant. Voilà.
J’ai eu beau leur dire non, ils le savaient que je voulais pas, c’est salaud. C’est la vie. Maintenant il faut que je tienne. Coûte que coûte. C’est ma dernière carte, je vais me battre.
C’est foutu. Je vais décliner, je vais dégringoler, je vais me ratatiner, c’est écrit, ils le savent et moi aussi je sais. Je vais bientôt faire comme cette pauvre cloche, là-bas, je vais me donner en spectacle, m’ignorer, me méprendre, ne plus rien voir de moi-même, je vais me liquéfier, et ils vont me regarder et puis ils ne voudront plus, ils ne viendront plus. Je le sais. C’est écrit.
C’est fini. La porte est bien calée dans son cadre, je suis chez moi, là, m’habituer. J’en ai vu d’autres. Je me rappelle. Il y a longtemps, très longtemps, là-bas, au pays du soleil, de la mer qui vous envoie ses reflets brûlants. J’étais enfant, je riais, je ne savais rien seulement je riais. J’étais partie à la mer avec d’autres enfants que je ne connaissais pas, ma mère avait laissé faire, je n’avais jamais vu ça, la mer. J’étais éblouie, effrayée, je n’ai jamais rien vu de plus grand. Et puis il y avait les dortoirs, le cabinet de toilette, les repas au réfectoire, les veillées, les moniteurs, la collectivité, il fallait s’adapter à tout ça, c’était nouveau pour moi. C’est pareil.

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