puces

Les clientes farfouillaient la marchandise à la recherche de la perle rare. Parmi toutes les pièces mélangées s’offrant pêle-mêle aux appétits les plus divers, presque aucune n’était neuve. Toutes sentaient cette forte odeur de savon bon marché censée dissiper la trace de leur ancienne propriétaire. Pourtant elles avaient bel et bien vécu, ces fripes, elles racontaient encore les soirées dans les boites de nuit, les vacances au bord de la mer, les journées assis au bureau, les gueuletons dans les restaurants, les veillées au coin du feu. Elles sentaient tout ça, elles sentaient les engueulades et les réconciliations, les aventures amoureuses et les ruptures, les entretiens d’embauches et les licenciements, elles sentaient  les pépettes de banlieue et les mères de famille, les dames du 16e et les ménagères du 19, les bon chic bon genre, les branchées, les coincées, les drôlesses, les soignées, elles sentaient tout ce panache d’une population dont les vêtements avaient échoué là pour que d’autres femmes, attirées par leur faible prix autant que par leur empreinte, viennent de partout les reluquer, les renifler, les tripoter puis les adopter enfin.

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