tut !

On rencontre les homobiles dans les grandes surfaces, les piscines, les supermarchés, les transports en commun, les théâtres, les aires d’autoroute, un peu partout dans les espaces dédiés à la foule ou propices aux regroupements.
Si on en voit un, on peut croire  à une excentricité, si on en voit plusieurs, on peut penser à une mode, mais c’est plus que ça. Et si on ne fait pas attention à son voisin, on peut passer sans les voir et les manquer.
Ils semblent un peu plus grands et mieux taillés que les autres et fignolent avec raffinement leur carrosserie, adeptes des coiffures sculptées, des peaux lisses miroitantes, des fards hydrofuges, des vêtements aux effets métalliques. D’un tempérament exigeant et énergique, ils sont munis d’accessoires ordinaires évolués tels que caddies turboélectriques, sacs à dos à amortisseurs ergonomiques, lunettes à rétrovision autolavantes, attachés-case à multicommande, gants ou palmes aérodynamiques,  etc.
Pour communiquer, ils émettent le plus souvent un son rauque bien calé en gorge qui ne ressemble pas à proprement parler à un klaxon mais plutôt à une espèce de ronflement court, une sorte de toux brève appuyée.
Bien qu’en dehors de cette toux, ils ne soient en général pas très bavards, il m’est arrivé d’échanger quelques mots avec l’un d’eux. La première fois, je l’ai suivi discrètement au supermarché, cherchant le moment pour l’aborder. On s’est dirigé en silence vers la caisse on a changé plusieurs fois de direction puis on a doublé on s’est rabattu sur une file et on a déposé en même temps nos courses sur le tapis roulant. Au moment de payer enfin, il avait l’air si heureux que je lui ai fait un grand sourire, il m’a répondu en levant les bras d’une mine radieuse : Je fais la planche !
Je l’ai croisé quelques mois plus tard à la sortie d’un cinéma. Comme je l’avais reconnu, il se montra un peu plus loquace et m’exprima en d’autres mots son sentiment de confort, de protection et de vitesse.

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