gardien

Madame,
Je souhaiterais attirer votre attention sur le comportement douteux d’un certain corps de professionnels avec lesquels je suis quotidiennement en contact, et sur lesquels une confiance sans borne a été placée depuis d’innombrables années par notre collectivité. Ces spécialistes ont en charge une mission éminemment délicate, exigeant un savoir-faire avisé, un art subtil de la diplomatie et une solide capacité à réagir de façon juste et appropriée aux situations parfois rudes imposées par notre condition.
Dans les établissements où ces professionnels officient, les sujets que nous sommes se montrent, vous le savez, particulièrement attentifs au moindre écart dans leur conduite. Ils possèdent en effet une sensibilité aiguë à la justice et à l’injustice, au droit et à la violence, bien que laissant eux-mêmes trop souvent libre cours à une émotivité et une nervosité excessives à l’égard des dérèglements dont ils se plaignent.
Je ne conteste pas que ces professionnels soient les gardiens légitimes de notre paix civile et d’une certaine harmonie sociale. Je dois cependant porter à votre connaissance le fait que, d’après mes propres observations et les confidences recueillies dans les différentes maisons où j’ai séjourné, ces professionnels semblent se comporter de plus en plus de manière abusive, voire malhonnête, pour ne pas dire criminelle. Les connivences étranges que nous observons depuis peu, ainsi que l’agitation dont ils se rendent  complices un peu partout, nous incitent à déceler dans ces événements une sorte de combat, pour ne pas dire plus.
Vous vous demandez sans doute en quel nom je parle, et peut-être de quel droit. Si les apparences témoignent de mon intérêt personnel à aborder cette question, sachez que je ne représente absolument personne. Je ne veux pas non plus vous parler de mon innocence, loin de moi cette étrange idée. Je désire simplement témoigner devant vous du nombre croissant de débordements observés depuis quelques temps et qui éveillent à certains d’entre nous la pensée d’un renversement possible de nos positions respectives, lequel ne va pas sans ébranler, à plus ou moins long terme, les fondements de l’ordre public dont vous êtes l’un des garants.
Avant que ce débordement ne devienne général, je voulais vous faire juge de la situation, avec l’assurance que vous en référerez à notre Gardien suprême dont l’horizon est sans conteste empli de notre bien commun ainsi que de la nécessaire protection des innocents.
Je vous prie de recevoir, Madame, etc.

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