bouton

S’il est réellement exaltant de songer à l’essor pour ainsi dire spontané de cette toile gigantesque en perpétuelle construction, prodigieuse chaîne humaine qui se déploie chaque jour  en de foisonnantes ramifications, de nouvelles confluences, d’indénombrables liens tissés en tous coins de la planète, au fond même d’obscurs replis de campagne, dans les contrées les plus reculées du grand Sud au grand Nord, ne serait-il pas en même temps possible de poser une bonne fois pour toutes la question du bouton, et de se demander quelle est cette personne capable, en cas d’arbitraire nécessité, d’appuyer sur l’interrupteur et de fermer le circuit ?
On imagine trop bien la scène, le lieu, la descente dans le souterrain, la succession d’immenses salles vides et surchauffées, bardées d’énormes machines quadrangulaires truffées de touches lumineuses, clignotant ici ou là comme des barres de cités miniatures, dans les exhalaisons permanentes des systèmes de refroidissement, le bourdonnement dominant des souffleries, au fond, une autre salle, plus petite, bien gardée par des employés hors pair, consciencieux et discrets, qui n’attendraient secrètement que le moment, cette lapidaire cérémonie où, après diverses consultations, arbitrages, médiations de coulisse, l’homme élu viendrait débrancher le cœur du réseau.

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