souris

Mon appartement est tout ce qu’il y a de plus classique, excepté qu’une souris y a élu domicile. Je suis bien incapable de dire si elle habite ici de façon permanente ou si elle me rend seulement visite de temps en temps. Je pourrais d’ailleurs très bien continuer à vivre dans ces murs en l’ignorant complètement.
Mais depuis qu’un soir, rêvassant tranquillement dans mon lit, je l’ai vue traverser en un éclair ma chambre, un éclair qui laissait poindre comme une lueur d’impertinence, il m’est venu une envie irrésistible de l’attraper.
Ce n’est pas une mince affaire que d’arrêter une souris en pleine fuite, il faut même un sérieux entraînement avant de réussir, mais je ne regrette pour rien au monde cette gymnastique car la récompense est allée bien au-delà de l’effort.
Si je parviens à la saisir dans ma main, je ne dois surtout pas la lâcher pendant un petit moment, le temps qu’elle reprenne son souffle, que sa peur s’estompe et qu’elle s’acclimate à moi.  Puis je desserre un peu plus mon étreinte en ouvrant délicatement les phalanges. C’est à ce moment propice que, installée dans ma paume dont les coussinets à la fois mous et fermes lui composent un divan assez confortable, la souris consent à me raconter une histoire. Elle me dévoile tantôt les aventures de peuples plus petits que le sien et humainement invisibles, tantôt des évènements communs qui, vus de son poste, prennent des apparences nouvelles.
Ces histoires m’éclairent tout en me berçant, et je n’ai désormais qu’une angoisse lorsque je rentre chez moi, c’est qu’un jour un parent ou ami, voulant bien faire, lui tende un de ces pièges qui l’écrabouille à jamais, ou bien que vivante mais tétanisée par la peur, elle décide de ne plus revenir.

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