habit

amnesia

Dans l’enchaînement de la rue se déballent les marchandises du rêve, strass et perles, mousselines, mailles, cuirs, fourreaux pailletés, jupes fendues, fourrures à poils longs, robes collantes, bretelles croisées, caracos satinés, bustiers en dentelle, cols plongeants… Habits à vendre sur les mannequins ajustés à l’orée des trottoirs.
Caprice d’un jour. La rue est chargée de boutiques aux noms évocateurs et soudain le basculement opère.
Plongée dans un territoire aux parages féminins, dans le fief de Miss-Miss, Fi-filles, Des filles à la vanille…
Rafaella, Natacha, Eva, Lili la tigresse…
Les filles promues sur les enseignes vous adressent un clin d’œil. Fanny, Pussy, Isadora, Nana, où êtes-vous ?
Fille à suivre… Au bout de ces trois points une prostituée se balance, dans sa fourrure échancrée elle a un peu froid. C’est la tendance.
Exaltation, Sensation Cuir, Sensitive, Étincelle… Les griffes des devantures font clignoter vos sens. L’audace est appelée au fond de vous (vous voyez ce fond ? c’est encore un peu plus loin) : Planète interdite, puis à côté Insolente.
Les femmes entrent et sortent des boutiques ouvertes, clientes, vendeuses, de quoi ? de qui ? quand elles s’arrêtent et fument on ne sait plus, on perd le fil.
Le nom d’Ève se décline ici ou là comme pour nous immerger aux sources du genre. Celui d’Ange se répète aussi en plusieurs langues. Messagers du rêve. On pense nudité, habit pour nudité, habit qui déshabille, habille, déshabille. Manière d’être là, de se tenir, d’habiter la rue.
Adam pour Ève, tout un programme. Les hommes ici, pourtant nombreux, ont l’attitude plutôt discrète de leur panoplie grise, en retrait à l’arrière caisse des boutiques, en transit derrière leur chariot, en station aux angles de la rue.
Deux pas plus loin c’est Le Mirage. Jeu de rue, jeu de miroir. Une prostituée se regarde vaguement dans le reflet de la vitre, en face une compère en plastique la fixe de son absence, son sourire s’évapore sur le verre. Rouge rétabli à la lèvre puis repart.
Vous cherchez à passer la frontière, coupez à droite, et voici Amnesia. Dans la ruelle voisine, confluent sombre où le commerce s’amenuise, c’est la fin de bail d’une boutique abandonnée il y a un moment déjà.

(Sentier)

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