traverse

traverse

Tu passes dans la même rue tu repasses comme le fer lisse les parures, cimente leurs plis. Chaque jour les caractères de cette rue ont posé une encre en toi et sans même avoir besoin de regarder tu en connais maintenant par cœur chaque morceau de mur, là cette brisure en forme de s, là ce graffiti tenace, là ce trottoir qui part en zigzag, là plus haut cette fenêtre avec son rideau de dentelle blanche, en face au troisième le balcon et sa longue barrière de géraniums qui résistent miraculeusement à l’hiver au point que tu te demandes parfois en passant s’ils ne sont pas factices, tu traverses le boucher avec un signe amical, bonne journée, tu traverses le marchand de journaux et tu ressors avec un quotidien et ta monnaie en poche. Il y a tous ces gens dont tu reconnais les traits et que tu franchis en silence. On pourrait imprimer de ta tête des rames entières avec la matière de ce quartier que tu traverses et dont tu es traversé. Tu marches, comme l’air ondule sans bornes, et le sol ne reste ferme que pour faire rebondir tes pas délébiles dans l’atmosphère de la ville.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :