file

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Faire la queue, c’est simplement être une masse en attente à la porte d’un magasin.
C’est être rassuré parce qu’il y a quelqu’un devant et quelqu’un derrière. Ne pas être le premier, ne pas être le dernier, mais s’insérer dans la continuité de la liste.  Même si régulièrement un élément entre et quitte le groupe, un autre élément à l’extrémité opposée arrivera tôt ou tard, parfois au même moment. L’important est de faire  corps, comme le lombric se reconstitue en perdant un morceau. En étant le tiret dans la courbe pointillée de l’attente, on tient le fil du dedans au dehors
, on matérialise la liste. On se dit qu’une fois à l’intérieur, on y verra plus clair, on atteindra enfin l’espace délimité, on quittera l’incertitude de la file, on ne sera plus un numéro, on aura fait soi-même un pas.
Pourquoi tous ces gens attendent, je ne sais pas. Je ne le sais pas pour moi-même, je fais la queue, je suis à cette place dans la file, c’est tout. Lorsque ce sera mon tour, je serai peut-être soulagé mais j’ignore vraiment ce qui se passera. Au moment d’entrer, je ne sais pas en somme si je trouverai ce que je cherche.
Je n’ai pas peur qu’on me pousse, qu’on me dérobe ma place, une seule chose me hante, c’est de me dire devant la porte enfin ouverte que ce n’est pas ce magasin.

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