contrevoix

contrevoix

Depuis un certain temps je me rends toujours au concert avec mon oreiller. Non que j’aille y faire mes nuits, quoiqu’une douce musique soit idéale pour s’endormir. J’aime la musique, la belle. Je l’écoute avec ravissement, elle me remue les tripes. Tout en rebondissant fougueusement en moi elle m’attire dans ses volutes, me happe dans les inflexions de ses gammes. C’est pourquoi lorsque je vais au concert entendre de la belle musique, je ne peux m’empêcher de chanter. Je fredonne l’irrésistible écho de la mélodie coulissant dans mes oreilles. Le problème est que cela incommode mes voisins et nuit sensiblement à la qualité d’écoute de toute la salle. Je me suis fait rappeler à l’ordre plus d’une fois, provoquant un tapage dont je me serais bien passé, me privant du même coup du plaisir de la musique. Étant moi-même outré du malaise que je provoque, je fais tout mon possible pour me retenir, mais malgré mes efforts pour me raisonner, au bout de quelques minutes je recommence. J’ai désormais cessé de résister. Je sais combien mon geste est détestable, mais mon envie est plus forte, elle est au-dessus de tout. On a fini inévitablement par me renvoyer, si bien qu’il y a maintenant plusieurs salles où je suis interdit d’entrée, tricard. J’ai essayé une fois de venir casqué, de garder mon casque avec moi pendant la représentation, soigneusement fermé. Mais outre qu’il n’est pas discret, le casque même hermétique fait très mauvaise impression. J’ai dû faire face aux plaintes immédiates de mes voisins, émus par la crainte d’une action subversive ou terroriste.
Voilà pourquoi j’ai songé à cette solution de l’oreiller. Je me fiche pas mal du qu’en dira-t-on, des regards moqueurs, des pfff et tsss suscités autour de moi, de tous ces gens qui me croient malade du sommeil. L’essentiel est que je n’embarrasse l’ouïe de personne. La composition de mon coussin est spécialement étudiée pour étouffer les sons. Dès que l’envie de chanter me saisit, je plaque l’oreiller sur mon visage. Je m’en donne alors à cœur joie.
Le plus sidérant dans cette histoire est que je ne chante jamais en dehors des concerts. J’ai beau ouvrir la bouche, mes cordes restent muettes, pas une note ne sort, à peine un soupir, une simple toux.

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