vol

nuages

Tout ceux qui sont allés dans le ciel en sont redescendus avec un authentique sentiment d’extase, et le désir irrépressible d’y retourner. Je peux pour ma part en parler un peu, car en tant que pilote d’avion, je passe le plus gros de mes journées à transporter par les airs les marchandises qu’on me confie.
Il est inutile de me faire préciser la nature de ces marchandises, car le fait est que je ne me rends jamais dans la soute où d’autres employés s’occupent de charger et décharger, la seule chose concrète qui m’intéresse est d’allumer le moteur et de décoller. Je reste donc essentiellement dans la cabine de pilotage, n’attendant que le signal pour mettre enfin les gaz.
Outre les sensations extraordinaires de quitter la Terre et de voler, le contrôle d’un aéronef suscite une certaine euphorie, bien qu’il nécessite avant tout une parfaite maîtrise des instruments de navigation dont les multiples boutons et écrans composent le tableau de bord de la cabine. Arriver d’un point à un autre, tenir une trajectoire stable, manœuvrer avec la pression atmosphérique, les vents et les intempéries, négocier le passage dans les nuages, le voisinage de montagnes, de grattes-ciels ou d’autres avions, ces multiples contraintes sont somme toute assez courantes. Selon moi, l’exigence suprême consiste à saisir la plus parfaite correspondance entre les données indiquées par le tableau de bord et celles qui me sont fournies par l’observation directe de mon environnement. En d’autres termes, ce que je vois sur les écrans de contrôle ne saurait me détourner des réalités observées à travers la vitre, de même qu’il m’est impératif de ne pas me laisser absorber par les innombrables reflets que je ne manque pas d’apercevoir dans les nuages ou parfois à l’horizon au point de me soustraire au nécessaire examen des différents indicateurs du cockpit. Cette
délicate recherche d’équilibre motive essentiellement chacun de mes plans de vol.
Le plaisir extrême que j’éprouve à guider mon avion me met cependant de plus en plus mal à l’aise. Mon employeur en me confiant ce poste ne se moque-t-il pas en réalité de moi ? A-t-il eu connaissance de l’absence de certains tampons sur ma carte de pilote ? Pourquoi dans ce cas me laisserait-il conduire un engin aussi sophistiqué, fraîchement sorti des usines ? Du reste, le fait de ne pas maîtriser certains boutons me rend-il pour autant inapte à piloter cet avion ? Toujours est-il qu’il rit d’une drôle de façon lorsque, me rendant en fin de journée dans son bureau pour lui remettre mon journal de bord, je lui demande par habitude : Ai-je bien volé ?

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