en l’air

en l'air

Est-ce que ça la démangerait, elle, de revenir sur mes épaules ? Non, ça ne l’intéresse pas, elle préfère se balader, errer, s’aérer, prendre la tangente pendant que je l’attends sagement dans mon coin, à me tourner les pouces, à faire les cent pas.
J’ignore comment la retenir, elle fait exactement ce qu’elle veut. Et je ne compte pas le temps passé à la chercher, étant entendu qu’il m’est impensable de sortir sans.
Au réveil c’est somme toute assez simple, je tâtonne autour du lit et la trouve le plus souvent enroulée au fond du drap, ou bien si elle n’y est pas je file à la salle de bains et la découvre prenant le frais dans le creux du lavabo.
La plupart du temps il est vrai elle ne s’éclipse qu’un court instant et j’ai pris l’habitude de la récupérer dans ses endroits favoris, sur l’armoire, à la fenêtre ou près du canapé. Voilà pourquoi lorsque je ne l’y trouve pas je me fais un sang d’encre.
Parfois je tourne en rond dans la maison à la chercher, pris de panique par son absence, puis je regarde soudain en l’air et je la vois suspendue au-dessus de moi, flotter gentiment. Indifférente à mes appels, comme si je ne lui appartenais plus. Et lorsque pétri d’impatience je m’énerve et lui ordonne de redescendre, je sais que mes bruits sont superflus et qu’il me faudra attendre encore ou bien me décider à prendre une chaise pour l’attraper.
Il est arrivé plusieurs fois ces derniers temps qu’elle me revienne dans un sale état, toute ébouriffée, j’ignore où elle est allée se traîner. Mais impossible d’en savoir plus, elle prend un air offusqué, comme si cela ne me regardait pas. Un jour je l’ai récupérée avec une forte fièvre, toute gonflée, sans réaction, et ce n’est qu’après l’avoir longuement tamponnée avec une serviette froide qu’elle a enfin recouvré sa forme habituelle.
Mais le pire a été cette fois où elle n’est pas revenue de toute la journée. J’ai attendu prostré comme un légume, sans compter que je n’ai même pas pu aller à un rendez-vous.
Je sais que je ne devrais pas m’inquiéter comme ça. C’est normal qu’elle veuille changer d’air de temps en temps, prendre de la distance, faire une pause peut-être. Je sais combien elle souffrirait de rester constamment attachée. Mais on a beau dire, c’est quand même beaucoup de soucis.
Cent fois je me suis promis de la laisser un peu tranquille, de lui donner davantage de liberté, mais je suis rongé par la crainte qu’un jour elle me revienne différente, définitivement transformée, pour tout dire méconnaissable. Et par-dessus tout je grimace à l’idée que, ayant grossi et pris brusquement de l’assurance, elle ne rentre plus.

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