décollement

decollement

Je ne touche plus le sol depuis un moment. Je précise tout de suite que je ne vole pas, simplement je poursuis ma marche à quelques centimètres en hauteur. Au lieu de m’appuyer sur le plat comme avant, un courant me maintient légèrement au-dessus, me faisant désormais enjamber l’air.
Tout ce que je peux dire pour l’instant sur l’apparition de ce phénomène, c’est qu’elle correspond grosso modo à mon arrivée dans cette ville. Quoi qu’il en soit, ce léger décalage est à peine perceptible et je marche tout à fait normalement, aussi banalement qu’on puisse marcher. Je suis juste légèrement décollée, on ne s’en aperçoit pas si on n’y prête pas attention. D’ailleurs, je ne m’en suis moi-même pas rendu compte immédiatement et j’ai continué un bon moment à marcher comme j’ai toujours fait. C’est pourquoi lorsque j’ai réalisé brusquement que je ne touchais plus le sol la situation est devenue plus complexe et j’ai dû enchaîner d’innombrables piétinements avant de parvenir à retrouver l’équilibre. Car contrairement aux idées reçues, marcher dans le vide demande considérablement plus d’effort que marcher sur le sol. Dans la situation où je me trouve, on manque en effet cruellement d’appui, il n’y a rien où rebondir. Ainsi, pour parvenir à lever convenablement sa jambe et produire un mouvement de balancier sans basculer ni faire de sur place, il ne suffit pas d’activer puissamment ses muscles. Encore faut-il se concentrer mentalement sur le geste, rebondir en quelque sorte en soi-même.
Le fait d’évoluer au-dessus du sol, même à quelques centimètres seulement, est une expérience assez extraordinaire. On ne ressent en effet aucune vibration, pas le moindre heurt ni contact avec le sol, juste l’air, une légère brise qui nous porte. Mais si l’on est tenté de croire qu’il est plus facile d’avancer ainsi, la réalité nous convainc vite du contraire. C’est une sensation assez difficile à décrire, de peser de tout son poids mais de ne pouvoir sentir le sol, de ne jamais s’appuyer. Je ne ressens curieusement aucune légèreté, le plus difficile restant actuellement pour moi de gravir un escalier sans douleur.

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Un commentaire

  1. vous suivant, j’ai un certain mal à cheminer, bien entendu, mais quelle victoire, grâce à l’attention extrême, qui en fait permet de garder contact

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