géographies

geographie

Il existe une pathologie singulière qu’on nomme langue géographique. Elle présente la caractéristique de graver sur la langue des dessins qui rappellent étrangement une carte de géographie.
Les causes de cette maladie demeurent assez obscures, mais l’apparition des paysages est plus énigmatique encore.
Inflammation, effritement, dessèchement, irruption de plaques, de fissures, de ravins creusant leurs lacets tortueux dans la fine peau de la langue. On songe bien sûr d’abord à la douleur. A l’altération du goût, à l’acidité permanente. La langue géographique, comme toute affection de la peau, témoigne d’une sensibilité extrême du sujet réagissant à son environnement. Un phénomène éminemment digestif. Si la langue est le siège ultime des mauvaises digestions, la langue géographique est sans aucun doute une monstruosité, comme tout ce qui remonte de l’estomac.
Mais malgré la douleur, le dégoût, l’irritation, on ne peut s’empêcher d’être attiré par  ces mystérieux dessins imprimés, alléché, séduit par la contemplation et la recherche de cette surprenante cartographie intime.
Bien qu’on puisse ne voir sur ces langues que de simples taches insignifiantes aux contours aléatoires, l’œil est toujours tenté de repérer des formes plus ou moins figuratives. Tandis que certaines langues reproduiraient ici des continents entiers, des archipels précis, des pays aisément identifiables (la corne de l’Afrique, la botte de l’Italie, l’hydre scandinave…), d’autres traceraient là des territoires imaginaires, aux méandres audacieux, aux frontières inconnues, aux noms vierges. Quoiqu’appelées géographiques, ces langues malades abriteraient en outre une large topographie d’objets variés (casserole, lampe, violon, robe…), d’animaux entiers ou fragmentaires (chouette, chauve-souris, chameau, tête de rhinocéros, de loup…), ou encore d’êtres hybrides issus de combinaisons multiples et improbables. Dans cette géographie de la langue, la liste des représentations est vaste.
Il est certain que devant une telle affection, on hésite sans trancher entre la contemplation de la forme et le sentiment de la douleur. Et on balance indéfiniment entre la tentation de la retenir et celle de la tirer franchement.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :