misère

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Quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi il m’arrive toujours des trombes d’embûches ? et pour quelle subtile raison la réalité s’éloigne aussi sournoisement pour devenir soudain incontrôlable ? Cette nuit je rentre à pied chez moi après une petite soirée parfaitement banale entre amis, et arrivé à mon domicile la porte est fermée. Ce fait simple est déjà pour moi une sorte de pressentiment. Je cherche d’emblée la clé dans mon sac, fouille et retourne le fond et suis alors prodigieusement étonné de la trouver si vite, pour tout dire presque contrarié par un dénouement aussi limpide. Néanmoins je me jette aussitôt sur la serrure et avec une suprême impatience introduis ma clé à l’intérieur. Seulement au lieu de libérer le verrou, celle-ci se met à tourner indéfiniment dans le vide. Ici je marque volontairement une pause. Imaginez-vous la situation : vous êtes devant chez vous, et après des tours et des tours, vous réalisez subitement que votre clé ne va plus dans votre serrure, que votre serrure, qui ne s’était jamais fait remarquer jusqu’à présent et dont vous n’aviez pas eu à vous plaindre, votre vieille serrure ne reconnaît désormais plus votre clé. Qu’en dites-vous, hein ? Au milieu de toutes les idées qui vous passent immanquablement par la tête à ce moment-là, il vous prend d’en vouloir à votre clé d’avoir tourné pendant de si longues années pour en arriver là, sans prévenir. Vous faites alors probablement comme moi, vous vous asseyez dans la cour pour récupérer un peu de votre souffle et reprendre lentement depuis le début. Mais c’est en passant négligemment les yeux du coté de la fenêtre de votre chambre que vous apercevez un homme derrière le rideau que ni vous ni moi ne connaissons. Il nous regarde. Comme nous lui faisons de grands signes, il consent au bout d’un moment à ouvrir la fenêtre et nous demande le plus naturellement du monde ce qu’on veut. Bien entendu on lui répond que nous sommes chez nous, que c’est plutôt à lui qu’il faudrait poser cette question, et d’ailleurs nous lui demandons aussitôt : Que faites-vous chez nous ? Mais l’homme, aussi outré que nous pouvons l’être, ne veut pas répondre. Alors bientôt à court d’argument, au bord de l’épuisement nous nous endormons, prévoyant une nouvelle offensive pour le petit matin.

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2 Commentaires

  1. PdB

    Ca n’est pas si grave, tout le monde peut se méprendre sur une adresse : la vôtre a changé, voilà tout. Du courage, de l’ampleur, du fatalisme et du destin, une pointe de mélancolie, vous ressortez, dans la rue, et là, merveille de l’espace-temps, vous voyez qu’il s’agit de la rue de votre grand-mère (ou soeur, ou père, fils, tuteur, trisaïeul ou parrain). Voilà, reprenez votre souffle, tout va bien. Amicalement.

  2. ruelles

    Merci. J’aimerais sincèrement vous croire, mais je procède par obstination.

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