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Ils étaient assis là au bord de la mort, devant toute l’étendue, avec ces vagues déferlantes de cadavres devant soi. Et ils ne bougeaient pas, subjugués. Calme plat. Attendre, paralysés par la froideur, captivés par l’immensité.
Il y avait tout ce paquet de gens face à la mort, qui restaient assis là au bord et la regardaient, fascinés par sa grandeur, par cette étendue sans fin.
Des tas de gens venaient se rassembler là et attendaient, la regardaient en attendant. Ils avaient fait le voyage pour ça. Ils emmenaient leurs enfants, ils y allaient en famille, certains mangeaient ou s’embrassaient devant. Ils regardaient ensemble la mort puis se trempaient dedans, gagnés par l’innocence.
Ils restaient étendus là devant la mort et ils attendaient, passaient le temps à la regarder, ne cessaient de la regarder. Et dire qu’elle était belle, qu’elle les rendait vivants. Ils étaient attirés. Par son étendue, par son inconnu, par son va-et-vient. Ils se parlaient parfois de l’horizon de la mort, peut-être y avait-il autre chose plus loin, ils mettaient du rêve dedans, dans tout ce qu’ils ne pouvaient voir au bout.
Et dans tout ce va-et-vient pourtant de la mort. Quelque chose de rassurant, une espèce de respiration. Expirant lentement puis dans un souffle vous emportant, toujours, au plus lointain. Comme si la mort n’était vivante, comme si elle n’était là, ne venait là, ne revenait là que pour ça, pour vous dire qu’elle était là, qu’elle serait toujours là pour vous.
Avec ce bruit qu’elle faisait chaque fois qu’elle revenait et emportait à nouveau des gens au large. Elle en charriait des flots, des flots et toujours ce même refrain, plus ou moins frénétique. Une espèce de froissement, une espèce de frottement long, si long pour dire qu’elle revenait, qu’elle reviendrait, pour dire qu’elle vous emportait, qu’elle en emporterait d’autres que vous, qu’elle ne cesserait de vous emporter. Certains enregistraient le tumulte et se le repassaient plus tard, chez eux, s’en apaisaient.
Combien ont dit qu’ils allaient voir, de plus près, la traverser, qui ont pris une embarcation et se sont jetés dedans. Combien ne sont pas revenus, combien sont retournés à moitié rongés, à moitiés jaunis, à moitié fous. La plupart attendait sur le sable.

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4 Commentaires

  1. beaucoup de plaisir à retrouver progressivement les blogs amis, merci

  2. ruelles

    Bienvenue à toi Juliette, et plaisir aussi de te lire

  3. Je découvre. Magnifique texte, la mort et la mer, entrelacées si intimement. L’une pour décrire l’autre.

  4. PdB

    D’autres étaient debout sur le pont, scrutant cette île au loin, où pas âme ne vivait. Un éclair lumineux (Robinson et son miroir) les atteignit mais ils prirent peur. La route fut longue, jusqu’à l’extrémité finie du monde, où ils découvrirent une autre île. Ils s’y installèrent et on les accueillit ainsi que des rois ou des Dieux descendus sur Terre pour sauver le monde de cette infinie solitude. Durant quelques mois, ils acquirent la sensation que vraiment, la vie était belle. Puis certains commencèrent à ourdir de revenir de l’autre coté du monde. Alors Fletcher Christian leur dit « Cette mort vous engloutira et plus jamais vous ne verrez la vie… ». Ils le tuèrent en s’en furent. Loin, loin de tout, au bout du monde, ils finirent par revoir la Terre, la vraie, qui les attendait depuis tant d’années. Et là, sur le bord de cette mort, on les condamna.

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