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Tout est ralenti, silencieux autour. De légers courants me serpentent. Mon corps un peu raide tangue dans les souples contorsions des vagues. Depuis combien de temps suis-je accroché à cette ligne ? Par moment un rayon traverse l’eau et illumine le fil qui s’étire au-delà du rivage. Qui est à l’autre bout de la ligne ? Où mène-t-elle ?
L’onde est douce et fraîche. Je me tiens droit, immobile dans la variation de l’eau. Parfois l’ombre d’un volatile pénètre les flots et ondule un moment dans le fond. Quand va-t-on tirer ?
Il y a peu de marée ici. Lorsque l’eau se met à affluer, des bancs de minuscules poissons viennent s’aventurer dans cette zone peu profonde. Bien qu’ils redoutent les dangers de s’écarter du groupe, certains s’arrêtent un instant et me fixent de leurs grands yeux surpris. Pourquoi donc restes-tu là ? Puis d’un leste coup de nageoire ils regagnent le groupe et poursuivent leur ronde. Parfois l’un d’entre eux semble faire mine de m’inviter à les suivre.
Que sont ces poissons ? Ils filent en bandes, sans cesse en quête de nourriture. Loin de m’inquiéter leur agitation m’apaise. Sur leur trace se dispersent souvent des restes de pitance que je gobe sans besoin de remuer.
D’autres bancs filent comme un nuage indissoluble poussé par un vent musclé, sans regard, avec dans leur mâchoire une ombre de dédain ou d’incompréhension. Pour quelle raison t’obstines-tu ainsi ? Tu ne connais donc pas le coup de l’hameçon ? Penses-tu sérieusement échapper à la mort ?
Je ne sens pas le froid. Mes pensées roulent dans ma tête comme les vagues avant de se fracasser sur le sable. Parfois la ligne est prise de rudes soubresauts qui tiraillent péniblement ma bouche. Je me tiens prêt, maîtrisant aussitôt mon trouble, mais ce ne sont que les flots qui soudain se chevauchent ou de simples ressacs puis les courants se calment.
Pourquoi cela ne bouge-t-il plus ? Le fil semble à présent devenu inerte. Me parvient seulement le ronflement des vagues, et l’écho de l’eau qui frappe contre la côte.
Le sang depuis longtemps s’est arrêté de couler. Il me serait facile de me décrocher, je m’y suis plus d’une fois exercé en rêve. Repoussant minutieusement ma lèvre avec le bout de la langue je parviendrai peu à peu à l’extrémité du crochet, m’en tirant avec une légère contusion. Le trou finirait même par se refermer. Mais ai-je seulement envie de me décrocher ?
La fraîcheur de l’eau m’engourdit. Je sens le fil tirer et le tumulte jaillissant m’étourdit. C’est alors que m’arrachant brusquement à l’eau glacée je bondis à bout de souffle dans la lumière écrasante de la plage.

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