mur

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Tu es mur pour faire front aux temps qui croulent, pour te dresser devant des chaos de sable, des piétinements de peuples, pour t’opposer aux ciels, aux étoiles, aux tempêtes, pour contenir les mers. Tu es mur pour combler les portes et remplir les fenêtres, pour faire corps, pour résister quand tout autour tremble et se délite, s’emmiette, se liquéfie, pour te durcir quand on te cogne, pour t’enfoncer dans la terre, pour garder les odeurs des morts, pour te souvenir. Tu es mur pour ne pas te perdre dans les escaliers, les marches, les ascensions, les descentes, pour te caler entre bas et haut, pour rester droit, échapper aux incertitudes. Tu es mur pour bâtir des palais, fonder des villes, construire des maisons, élever des rêves de pierre. Tu es mur de toutes pièces, de toutes peurs et de tous désirs, mur de chaque pierre posée et de la sueur de chacune. Tu es mur pour qu’on te décore, pour qu’on te drape, qu’on t’inaugure, qu’on t’idolâtre, pour t’ériger en monument. Tu es mur pour qu’on creuse en toi des rêves immobiles. Tu es mur pour te sentir invisible, pour qu’on ne te voit que si l’on ouvre les yeux. Tu es mur pour être l’oreille des sourds, l’œil des aveugles. Tu es mur pour recevoir toutes les plaintes du monde. Tu es mur comme un écran qui déborde. Tu es mur pour qu’on te longe, pour qu’on se frotte à toi, pour qu’on te rase, pour écouter les bruits. Tu es mur pour qu’on plante en toi des secrets, des pleurs, des envies de détruire. Tu es mur pour être percé, comme un mystère, comme un abcès, pour crever et te regonfler de tes ruines. Tu es mur pour qu’on t’enjambe, pour qu’on te passe à travers, pour qu’on te fasse sauter. Tu es mur pour épuiser qui veut t’atteindre, te sonder, te corrompre. Tu es mur pour qu’on t’égratigne, pour qu’on t’envahisse, pour qu’on te perfore, pour qu’on t’amollisse à coups de pioche. Tu es mur pour te sentir invincible. Tu es mur pour te fendiller toi-même et t’enrouler dans tes failles. Tu es mur pour t’effriter, te fragmenter, te répandre, te mélanger aux herbes et tomber comme un fruit. Tu es mur pour te dissoudre et te reconstruire, et les ruines de ton corps se reconstituer, et tes bras pierre et tes jambes pierre et ton visage pierre et ton ventre pierre et tes mains pierre se remembrer. Tu es mur pour t’écrouler à grand fracas, et qu’au milieu de ce fracas on court ramasser tes morceaux, et les ramener chez soi parmi les autres.

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