sur nous

N’ayant rien trouvé de mieux pour se faire oublier, il se jette sur nous, c’est toujours ainsi qu’il procède, il attend que l’un de nous soit occupé à une conversation ou une action et hop, il soulève un coin de tissu au bas du dos ou prés du tibia, et s’il décèle la moindre petite fente propice, un bouton, une cicatrice, une plaie même minuscule, voilà qu’il s’engouffre dedans puis plus rien, zéro, il reste au chaud, parfois on ne le voit plus pendant plusieurs semaines, on se demande où il est passé, ce qu’il fait, mais quand celui sous la peau de qui il s’est fourré s’en rend compte, éprouvant soudain de petits chatouillements incompréhensibles, il ne se fait pas prier, il s’expulse tout seul dans un effroyable éternuement puis, aussitôt dehors il se met à nous vouvoyer, il fait de grands gestes empruntés en disant excusez-moi, puis il s’éloigne immensément confus, tout ébaubi, le dos courbe, tout le corps arrondi comme une grosse balle, et on n’entend plus parler de lui pendant plusieurs semaines, mais lorsqu’il refait surface à nouveau, du temps a passé et on ne se méfie plus parce que, il s’est toujours montré discret, timide, serviable, à la limite de la boniche, le coin de la bouche parfois relevé comme pour nous dire qu’il pourrait être notre esclave, que cela lui ferait plaisir, si naïf qu’il s’amouracherait d’une pomme de terre si elle lui souriait, mais la peau d’une pomme de terre ça flétrit, ça pourrit si vite alors, irrépressiblement il revient, il ne peut s’empêcher de recommencer, tandis que toujours nous nous demandons pourquoi il apprécie tant la compagnie de notre bande, lui qui ne dit strictement rien, qui ne s’exprime pratiquement jamais, dont on ne connaît pas même le nom, ou on ne s’en souvient plus, aussi dit-on oh quand on l’appelle, quand on lui demande de nous parler de ses affaires, de ce qui l’occupe, mais alors il tourne la tête de côté pour signifier qu’il s’en moque, que ce genre de considération ne l’intéresse pas, et soudain, pris de petits sauts de rire nerveux, en guise de réponse il nous présente son dos nu en nous invitant à écrire dessus ce qu’on veut, il soulève sa chemise et dit : Allez-y ! ne vous gênez pas ! et la plupart du temps on s’exécute de bonne grâce, ensuite on peut lire un tas d’insultes gravées au stylo sur sa peau molle : idiot, bon à rien, barjo, triple cruche, raccourci du cerveau, faux jeton, etc., ainsi on se trouve un peu quitte, mais il reste qu’on ne sait toujours pas ce qu’il fabrique à l’intérieur de nous, on ne voit absolument rien, on pense qu’il pratique une sorte d’hibernation, et comme on ne le sent vraiment pas remuer, on se dit qu’en fin de compte il n’y a pas de quoi s’offusquer.

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5 Commentaires

  1. PdB

    la mélancolie, non, la nostalgie plutôt

  2. PdB

    non le souvenir

  3. j’aime beaucoup

  4. PdB

    non, le remords

  5. PdB

    ou alors l’amour

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