vieillir

Tu voudrais ne pas penser tu voudrais ne pas avoir à penser, tu veux que le temps passe. Tu voudrais être ailleurs tu voudrais pouvoir vieillir plus vite. Tu voudrais ne pas penser mais juste, oui vieillir, ne pas t’ennuyer. Tu penses à ton travail. Tu penses au temps qui te reste, au temps qui te pèse. Tu veux vivre sans ennui. Tu regardes le paysage mais le paysage ne suffit pas. Tu prends un bouquin tu entames des mots croisés tu empiles des chiffres tu écoutes de la musique dans un casque. Tu allumes ton téléphone où tu as placé en fond d’écran l’image d’un être cher et tu fais le tour des fonctions. Tu tournes la tête. Tu regardes les gens mais les gens aussi t’ennuient les petits évènements t’ennuient. Tu lis le journal, et en recensant ce qui s’est passé dans les différentes parties du monde, dans ton monde à toi ça passe plus vite. Tu franchis les pages, tu sautes d’une nouvelle à une autre comme un athlète enchaîne les haies. Tu te plonges dans des fictions qui racontent l’histoire de gens que tu ne connais pas, t’exemptant de te raconter la tienne. Ta vie ne t’intéresse pas. Tu voudrais trouver dans la vie des autres, dans la vie racontée des autres de quoi engrener ta propre vie, tu lis des récits auxquels tu fais semblant de croire pour enjamber ton présent. Tu t’identifies à des histoires où les pages sont remplies, où le temps est rempli, où il n’y a pas d’attente. Ce qui compte pour toi c’est que le temps passe, qu’il n’y ait pas d’arrêt, de temps mort.Tu comptes le temps qu’il te reste à attendre. Tu voudrais accélérer, enchaîner les heures, tu voudrais t’enchaîner à l’aiguille des heures pour qu’elle te mène plus vite à ta propre mort, pour qu’elle te mêle d’un trait à ta fin.

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Un commentaire

  1. PdB

    regarder les rides se creuser, la peau de mes mains se taveler, les taches apparaître, et aussi, surtout peut-être porter des lunettes, les ombres qui se découpent, les détails qui s’annulent, se délitent, se distendent, ne plus reconnaître, au loin, la démarche des amis, ou alors trop, non ce n’est pas lui, des voisins, bonjour quand même, les ries du cou, celles du front, peut-être surtout les rides

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