bouchon

La semaine dernière, une douleur insoutenable à l’oreille gauche m’a fait interrompre mon travail, me conduisant tout droit chez un ORL du quartier. Le spécialiste, plutôt du genre consciencieux, m’ausculte durant un temps interminable à la recherche d’un bouchon. Or m’impatientant de rester la tête penchée, immobilisée dans cette position instable tandis qu’il multiplie imperturbablement les va-et-vient entre sa table d’instruments et mon oreille, je me décide enfin à lui demander un diagnostic, une conclusion, quelque chose. Qu’avez-vous trouvé ? lui bafouillé-je en criant presque, à bout de nerfs. Impassible, il consent à me répondre, sans arrêter ses allées et venues, que le bouchon étant très enfoncé dans le canal auditif, l’intervention est un peu plus délicate que prévu et qu’il cherche tout simplement l’outil adéquat pour l’extirper. Et quelques longues minutes plus tard, il finit par dénicher une espèce de fine pince à crochets avec laquelle il réussit à extraire de mon oreille plusieurs petites boules de papiers trempées. Stupéfait, il m’ordonne à nouveau de ne pas bouger et à l’aide d’une seconde pince et d’un rouleau de papier hygiénique, il commence à déplier minutieusement les petites boules, les éponge puis les lisse une à une. Au bout d’une heure, il est parvenu à étaler sur la table une vingtaine de feuilles au format A4, pratiquement illisibles.
Ce sont des partitions ! lance-t-il en se tournant vers moi d’un air triomphant. Et, la mine ébahie, il ajoute d’un air entendu : Consentiriez-vous à me jouer un de ces morceaux ? Mais comme je lui rétorque que je ne suis pas musicienne, son visage s’assombrit et, devenu soudain méfiant, il s’installe à son bureau, ouvre un cahier et me questionne : A qui sont ces papiers ? Qu’est-ce qu’ils font dans votre oreille ? Depuis combien de temps êtes-vous en leur possession ? etc. Je ne sais pas ! protesté-je, excédée. Alors, comprenant qu’il est allé trop loin, il s’efforce de calmer le jeu : Il n’y a pas idée de tout ce qu’on peut trouver dans ce genre de petit orifice, s’exclame-t-il. Ensuite il se rapproche de moi en murmurant : Je ne sais pas comment vous avez pu garder tout ça si longtemps… Puis il retourne affairé à la table où gisent les feuilles verdâtres et visqueuses : Comment vais-je trier tout ça maintenant ?
Dégoûtée, je pose un billet sur son bureau et lui déclare en me levant : Gardez tout. Mais il me rejoint aussitôt à la porte, me serre une chaude poignée de main et me dit : Venez donc me rendre visite de temps en temps, hein, pour un contrôle…

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2 Commentaires

  1. PdB

    peut-être qu’en regardant l’autre oreille, il y aurait trouvé les textes de toutes ces chansons que nous écoutons : tout à coup, voilà, hier je crois que c’était Joe Dassin, quelque chose, des mots comment dire ? idiots ? qui riment ? et qui souvent se manifestent pour nous faire souvenir, passent un moment et à nos yeux une image, des couleurs ou du soleil, de la lumière et noir et blanc, le rire, la plage ? Je ne sais plus bien, Rimini, Carthage, Ios ? Je ne sais plus, les grottes de Matala, je crois aussi

  2. ruelles

    A vous entendre,l’autre oreille serait un joyeux toboggan. Quoi qu’il en soit, je suis ravie de vous lire pendant le week-end.

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