halo

A partir du moment où elle pose un pied à l’intérieur du compartiment, nul ne peut détourner son attention de cette femme, quoiqu’elle semble pour sa part entièrement insensible aux réactions qu’elle soulève comme à ce qui l’entoure, en apparence tout au moins, visiblement absorbée par des sujets d’ordre plus intime. Alors qu’elle s’installe d’un geste lent sur un strapontin libre, une agitation gagne soudain l’assemblée du wagon. Jusqu’à son arrivée tout semblait suivre imperturbablement son cours, les stations se succédant à un rythme égal et morne dans l’atmosphère presque végétative d’un dimanche soir d’hiver. Ceux qui sont placés le plus prés d’elle s’écartent d’instinct, laissent se dessiner autour de cette passagère une distance quasi circulaire, une sorte de halo. Bien qu’adoptant depuis le début une attitude résolument discrète, elle marque de son empreinte l’ensemble de l’espace, provoquant malgré elle un invincible émoi. Ceux qui ne l’ont pas vue entrer se tournent bientôt à sa recherche, fouillant des yeux tous les coins du compartiment jusqu’à la place où elle se tient, indifférente et singulière. Beaucoup essaient, malgré la tentation, de ne pas la regarder trop ouvertement, tandis que la troublante impression qui émane de sa personne se déploie dans tout le wagon, captive les sens. Des femmes se couvrent subitement. Certains, ne pouvant supporter une telle emprise, quittent le compartiment, renonçant à tout combat, et au gain précieux d’une place.
Mais parmi ceux qui restent et tentent tant bien que mal de résister, nul effluve, haleine, parfum sorti droit de boutiques de beauté, n’est de taille à se mesurer à ce cachet violent, unique, à cette stupéfiante, enivrante, surpuissante odeur de pipi.
Indolemment, la femme bientôt se lève et quitte à son tour le huis-clos. Elle croise sur la marche un homme qui, étranger à la scène, s’empare tranquillement du siège qu’elle vient de laisser vacant, absorbé par la dégustation de fraîches mandarines.

Publicités

5 Commentaires

  1. Sourire….. (et tristesse aussi….)

  2. Qui sont les plus gênés… pas toujours ceux qu’on croit !
    Mais dans les transports en communs, nous devenons des machines puisqu’il n’y a plus de toilettes !

  3. ruelles

    @ Papillon : … et ridicule d’une situation
    @ Lautreje : Il n’y a plus de toilettes et trop de toilettes !

  4. PdB

    quelque chose de fantastique, fantasmagorique, qui glisse vers le trivial : quelque chose de tragique, hein, aussi…

  5. un vase-communicant un de ces vendredis ça te dit ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :