les fleurs

Je déteste les fleurs, je ne supporte absolument pas tout ce qui relève des fleurs, je fais mine de supporter mais en vrai l’idée même des fleurs m’est complètement insupportable et provoque au plus profond de moi une irrépressible nausée. Nous sommes environnés de fleurs, notre monde est totalement envahi de fleurs, leur odeur est partout. Notre monde est constamment imprégné de l’odeur des fleurs, il en est tellement imprégné que même lorsqu’il n’y a pas de fleurs leur odeur est partout, leur odeur couvre absolument toutes les autres odeurs, détruit toute tentative d’odeur un tant soit peu différente, et nous empestons la fleur même lorsqu’il n’y en a pas. Alors même qu’il n’y a pas de fleur ni de projet de fleur à des kilomètres à la ronde nous nous évertuons à créer des ersatz de fleurs, toutes sortes de substituts plus ou moins artificiels pour nous suggérer la toute puissance des fleurs, pour nous étouffer de leur présence. Il y a toujours des fleurs pour toutes les occasions, elles nous infestent continuellement sans que nous puissions en aucune façon échapper à leur odeur nauséabonde. Nous sommes malgré nous et par nous-mêmes assujettis à l’image de la fleur, à la couleur de la fleur, aux différentes formes de la fleur. La fleur s’infiltre partout, tout autour de nous et jusqu’à l’intérieur de nous, où nous tentons sans vouloir voir notre vanité ridicule de lui ressembler, ce que nous arrivons à faire au bout du compte. Nous finissons par ressembler à de grossières et vulgaires fleurs, à de monstrueuses fleurs nauséabondes. Nous faisons semblant que nous aimons les fleurs mais en réalité nous les avons toutes en horreur, et c’est parce que nous détestons tous en secret les fleurs que nous en mettons absolument partout, que leur odeur est omniprésente, que nous faisons semblant de les adorer, de les trouver sublimes, de nous délecter de leur parfum délétère. Nous nous gargarisons partout de notre haine secrète des fleurs, de notre obsessionnelle incapacité à les dominer.

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2 Commentaires

  1. ^piqipo aje pensé à Thomas Bernhard

  2. PdB

    les filles naissent aux fleurs, les garçons dans les choux. Moi je déteste la choucroute, et les choux, et toute cette vanité qui s’exerce quand on voit, par exemple dans les brasseries huppées en face des gares, de gros et gras hommes manger ces saucisses, gras double, jambonneau, pommes de terre et choucroutes, le tout arrosé de bière mousseuse et d’une couleur qui appelle une autre évocation, Strasbourg, Francfort ou Montbéiard, une haine immense m’envahit, contre moi-même d’ailleurs, il faut bien le reconnaître, et c’est par cette absorption que la place qu’ils tiennent dans les métros bondés (jours de grève ou pas, quotidiennement on les voit suants, repus, rotant même parfois) une place considérable mais inconsidérée…

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