recul

J’ai fait un premier pas en arrière et j’ai reculé. J’ai reculé encore, peu m’importait de voir où je reculais, ce qui était important, ce qui était plus important pour moi de voir était ce que je quittais, ce dont je m’éloignais, dans les chutes et les bruits de casseroles d’abord, dans les frictions et les heurts, mais dans la détermination toujours, dans la volonté de reculer plus loin, de m’extraire pas à pas, de me retirer du décor. J’ai reculé et encore reculé, je n’ai plus cessé dès lors de reculer, j’ai défini le recul comme mode de marche, comme mode définitif de marche, comme moyen exclusif de déplacement. J’ai reculé avec méthode, m’éloignant un pas après l’autre, tandis que tout se révélait semblable à une marche en avant. J’ai pensé longtemps que je refaisais le chemin à l’envers, qu’il s’agissait d’un simple jeu d’inversion. J’avais le nez collé aux mêmes réalités dans l’autre sens, la même réalité et quelques embarras techniques que je réglais au cas par cas. J’avançais de dos, me heurtant à une réalité que je ne voyais pas. Mais plus je me cognais aux obstacles qui m’échappaient plus je m’obstinais. Je me cognais et je refaisais un pas, sans dévier la tête, avec la féroce innocence de l’aveugle. Je me cognais et je continuais avec la sensation de plus en plus tenace de défoncer des portes, les jambes comme des marteaux, le dos comme un poussoir. Les passants ont fini par s’écarter, les paysages se sont dilatés, le silence s’est peu à peu distillé. Je me suis mis à discerner de moins en moins de choses, un nombre de plus en plus réduit de détails, puis le souvenir de ces détails s’est à son tour effacé. Restaient des lignes de plus en plus longues, des billes de lumière de plus en plus floues, des ombres de moins en moins nettes. J’ai continué de reculer jusqu’à ce que je ne vois plus rien, que le paysage s’élargisse. C’est alors que je me vis dominer la situation.

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2 Commentaires

  1. PdB

    l’année dernière, je me trouvais dans cette même ville de Lisbonne, à la fin du mois de juin, dans le train qui nous menait à Sintra, nous avons découvert un journal gratuit lequel annonçait la mort de Bamby : moon walking, je pense… oui, l’élégance

  2. donne tout son sens à l’expression : prendre du recul. Et là, sans nul doute, il est pris.

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