effacés

panneau

Tout avait été effacé du jour au lendemain, du moins c’est ce qui se racontait un peu partout. De toutes façons on ne se souvenait plus de rien, ni quand ni comment ni jusqu’où cela avait pu se produire. On ne parlait jamais du pourquoi. Personne n’était en mesure d’analyser ni de vérifier quoi que ce soit, et chacun s’abandonnait à sa perplexité. On savait seulement qu’il fallait faire sans maintenant. Les panneaux, les affiches, les immeubles, les objets s’étaient vidés de leurs inscriptions, d’un coup l’ensemble des écritures s’était volatilisé. Les objets même familiers paraissaient désormais étrangers. On ne reconnaissait plus les lieux ni les destinations, on se perdait fréquemment dans les couloirs ou dans les rues. On ne pouvait pas demander un renseignement au voisin, sa mémoire à lui aussi était confuse. Les choses allaient comme elles pouvaient, on ne se fiait plus qu’à ses propres habitudes.
Certains affirmaient que tout était plus simple maintenant, mais la plupart des gens se sentaient comme des vieillards. On avait l’impression d’être devenu tout blanc, comme après être passé dans une machine. On se sentait lavé, lessivé. Non pas comme neuf mais usé au point que tous les signes qui d’ordinaire nous constituaient s’étaient dissous. On se cherchait souvent dans un miroir, on se regardait, on se reconnaissait soudain, on soupirait puis on repartait dans le brouillard.
On parlait beaucoup. On se réunissait régulièrement pour essayer de retrouver les souvenirs, les recouper avec d’autres, rassembler divers indices, reconstituer des morceaux, mais personne n’arrivait à se mettre d’accord. On doutait de tout.
Les plus courageux se targuaient de tout reconstruire, de réinventer les écritures, mais leurs tentatives se soldaient généralement par des gribouillages complexes ou esthétiques dans lesquels personne ne se reconnaissait. Eux-mêmes semblaient d’ailleurs parfois ne pas comprendre ce qu’ils inscrivaient. On ne parvenait pas à s’entendre sur des caractères communs. On n’y pensait plus que dans les rêves.

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2 Commentaires

  1. PdB

    drôlement bien… on pense à josé saramago et à « l’aveuglement » (on a un peu froid dans le dos, des fois aussi) (comme si le papier s’en allait) (ou si l’électricité tout à coup désertait notre monde qui l’exploite et la tord pour son seul immonde profit) (hein) drôlement bien…

  2. Perdre tout et se réinventer, je ne sais s’il faut l’espérer !

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