aedes

J’entretiens une relation intime et régulière avec un genre minuscule et considéré comme nuisible appelé moustique. Nous nous donnons rendez-vous chaque jour à peu près à la même heure du crépuscule dans un coin de bois, au bord d’un étang, où il me pique. Je lui cède volontiers les quelques millilitres de sang dont il a besoin pour se nourrir et qui me déchargent, pour ma part, d’un surplus de globules. Cette relation durant depuis des années, je peux dire que j’ai à mon actif l’entretien de plusieurs générations de moustiques, car le rituel se poursuit de la même manière avec la descendance.
Cette lignée s’est d’ailleurs si bien habituée à consommer mon sang que, conscient de ma responsabilité, je ne rate aucune de ces formalités quotidiennes. Je reste une petite heure étendu dans l’herbe le temps de la perfusion, à regarder l’étang sans bouger, comme sur un lit d’hôpital, heureux et léger quand la séance se termine, content de revenir le lendemain.
A ceux qui condamnent cette relation et me reprochent d’entretenir une race nuisible, je réponds qu’elle n’est pas plus nuisible que la leur, et que la ponction de quelques millilitres de sang ne vaut pas les millions dégorgés pour d’autres appétits. Du reste, les vagues boutons qui se promènent sur mon corps ne me démangent pas longtemps, bien d’autres choses me grattent davantage.
Lorsqu’on me demande quel intérêt je peux tirer de cette relation vampirique, je n’ai pas de réponse, les choses s’étant installées naturellement. La bête s’est accommodée de ma peau et de mon odeur, je me suis familiarisé avec sa trompe et son bruit. Isolé de la peur qu’il provoque et à laquelle on le lie mécaniquement
cette peur d’être spolié malgré soi de sa propriété sanguine ce bruit apparait assez vite comme un chant. Lorsqu’on s’efforce de l’écouter attentivement, une petite mélodie transparaît, qui n’a rien à envier à celles des oiseaux. Cette musique ancestrale renferme une véritable prouesse : ceux qu’on appelle également aedes accomplissent l’exploit de chanter avec leurs ailes, là où d’autres ne s’expriment qu’avec leur bec. Il me plait simplement à moi de donner mon sang pour ce petit concert.

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Un commentaire

  1. Super, manque plus qu’à lui trouver un petit nom à ce moustique

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