rouleau

Dans le quartier il fait jour depuis peu. Le jeune se tient debout face au mur, à un mètre de lui, en observe la surface. Il est brun et maigre, la silhouette élancée. La casquette de travers, il porte une combinaison blanche et luisante comme on en voit dans des films de science fiction. Devant lui, la façade arrière du supermarché encore fermé à cette heure est entièrement couverte de grands tags colorés. Juste derrière, une palissade de chantier à moitié opaque le confine dans un mince enclos. Tranquille, il avance et recule plusieurs fois devant son mur, le pas mou et hésitant, tout en jetant de temps à autre un coup d’œil dans la rue. Bientôt il s’arrête, satisfait de l’angle choisi, sort de sa poche un appareil photo et capture un à un les dessins tracés à la bombe. Les images sont maintenant dans la boîte. Il regarde encore le mur, semble hésiter à nouveau, tourne une fois de plus la tête derrière lui, dans la rue qui commence peu à peu à se remplir, puis d’un geste bref et satisfait il range son appareil dans sa poche et quitte l’enclos.
Il s’approche d’une camionnette garée vingt mètres plus loin, porte latérale ouverte, entre à l’intérieur du fourgon puis en ressort quelques secondes plus tard, un rouleau de peinture à la main. Il retourne dans l’enclos, plonge la main dans un grand seau métallique à terre et d’un mouvement lent, bande après bande, se met à recouvrir de peinture blanche toute la paroi, en une seule couche épaisse. L’œuvre terminée, il retourne au camion et referme la portière, démarre bientôt le moteur. Sur la carrosserie on peut lire en gros caractères : lutte anti-graffiti.

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Un commentaire

  1. PdB

    éphémère… c’est le destin aussi des mandalas tibétains… sans trop le savoir, je suppose, la municipalité (c’est un envoyé de la municipalité, dans cette combinaison blanche, je suppose) reproduit des pratiques ancestrales et vouées à la compréhension des choses, tandis que la photographie tente, maladroitement, de garder quelques scories de ce qui a été (on a encore le droit de rêver, mais jusque quand ?)

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