cigarette

Ce qu’il y a d’étonnant dans la cigarette, c’est son caractère indépendant. Une fois allumée, quelle que soit l’attention qu’on lui porte, elle n’hésitera pas une seconde à suivre seule sa propre voie, son propre penchant à se consumer. Si on la laisse de côté un instant, elle n’attendra pas sagement qu’on reprenne l’assaut à la manière d’un docile plat de lentilles ou d’un verre de rosé. Elle se précipitera en avant, courra coûte que coûte vers son propre embrasement. Il y a ce côté fuyant de la cigarette, ce parti pris d’autonomie qui vous laisse perplexe devant un cendrier.
Si après l’avoir calée entre ses deux doigts on ne va pas au bout de la logique de l’allumage, si on ne prend pas en compte son désir de fuir, si on ne saisit pas au bon moment ce pouvoir d’attiser le feu, pouvoir qui ne dure qu’une petite poignée de minutes, elle s’en occupera très bien elle-même, sans aucun besoin de nous en dehors de l’étincelle. Bientôt il n’y aura plus ni braise ni fumée, mais un minuscule bout de cylindre taché, un mégot, âcre et stérile. Ne pouvant rien en tirer, on l’écrasera alors avec une rage de pompier.
On n’aurait pas idée de contempler, dans une extase immobile, le film de sa cigarette en train de se consumer, comme un feu de cheminée ou une bougie. Il y a cette espèce de précipitation dans la cigarette, de course après l’incendie. Il faut sans cesse tenir le rythme, rattraper la cigarette qui flambe avant qu’elle ne prenne ses distances et ne fonce vers sa propre disparition, puisque tel est son but. Allumer une cigarette, c’est activer un détonateur, lancer un compte à rebours, donner le top chrono. Quel plaisir alors, d’enfourner la tige et d’entamer la course !
La véritable lutte contre la cigarette, c’est la lutte pour la conquête du pouvoir de combustion.

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Un commentaire

  1. C’est vraiment une description tout à fait réaliste de la combustion de la cigarette goudronnée : toujours se précipitant vers le bout comme si elle était poursuivie. C’est l’une des problèmes de la cigarette classique. Dorénavant ce n’est qu’un souvenir avec la nouvelle cigarette électronique qui lui attend paisiblement qu’on appuis sur le boutons pour se déclenché et s’éteint lorsque qu’on relâche le bouton. C’est nettement plus facile de vapoter que de fumer.

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