contemplation

Il faisait déjà à moitié sombre lorsque je me mis à chercher ma place. Beaucoup de gens étaient installés depuis longtemps. Un brouhaha s’élevait de toute la salle comme un vaste nuage flottant au-dessus des têtes. Je jetai un œil sur mon ticket sans parvenir à discerner correctement le numéro imprimé. Je finis par dénicher un briquet dans le fond de ma poche et pus lire à la flamme le nombre 208. Je n’avais plus qu’à repérer au hasard un numéro dans une rangée puis un deuxième à un autre endroit et en déduire l’emplacement correspondant à mon propre numéro. Mais les gens étaient pratiquement tous assis maintenant, dissimulant leur numéro avec leur dos, et il y avait si peu de lumière qu’on parvenait difficilement à repérer les quelques places vides éparpillées au milieu des rangées occupées. Les rares individus à être encore debout évoluaient avec assurance en traçant des lignes précises et rapides jusqu’à leur place. Dans le noir, certains sièges semblaient remplis par un dense amoncellement d’habits. Je venais par erreur de plonger la main sur le dossier d’un siège afin de déchiffrer le numéro gravé sur la petite plaque de métal et la retirai aussitôt devant les protestations aiguës d’une vieille dame dont j’avais perforé l’omoplate, me criait-elle.
A force de monter les marches, je m’aperçus que j’étais arrivée à la cabine des machinistes d’où perçait un léger rayon de lumière. Je me décidai à saisir la poignée de la porte quand celle-ci fut grande ouverte par un homme robuste qui m’accueillit avec un large sourire. Sans un mot, je lui tendis gauchement mon morceau de papier. Il fit aussitôt un pas hors de la cabine et m’indiqua la place 208 en pointant son bras comme une lance vers un coin sombre situé au milieu droit de la salle. Je me jetai si précipitamment dans la direction annoncée que j’oubliai de lui dire merci et, dévalant les marches quatre à quatre, atteignis bientôt le niveau de la rangée, mais trop tard : l’obscurité venait de tomber entièrement et un silence glacial l’accompagnait. Je me recroquevillai alors d’un seul mouvement là où j’avais échoué, me laissant bientôt gagner par la contemplation.

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2 Commentaires

  1. PdB

    j’espère quand même que c’était un film de Douglas Sirk (si oui, tant mieux… bonne année…)(« Ecrit sur du vent », peut-être)

  2. ruelles

    Ah ? non, pas vraiment… (un vague souvenir)(Bonne, très bonne année à vous)

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