exécution

Nous sommes prisonniers depuis tant d’années que le jour de l’exécution est comme un bref moment de rêve, un épisode tellement imaginé que lorsqu’il se présente, il n’est plus que l’énième répétition d’une réalité déjà traversée et qu’on appréhende désormais comme un souvenir intime plus ou moins lointain, une chose qui nous a de si nombreuses fois habités que le réel est seulement un rêve de plus, qu’on pourrait emboîter les yeux fermés.
Après avoir roulé pendant plusieurs kilomètres, nous arrivons dans la forêt. Sous un silence laiteux, nous descendons du camion et allons nous aligner sur une bande clairsemée. Sortant d’un autre véhicule, des hommes dont nous comptons un à un les pas dans les feuilles se dirigent lentement vers notre groupe. Ils s’immobilisent à cinq mètres environ, lèvent leur fusil et tirent. Le bruit des différentes salves résonne dans une quasi-simultanéité, semblable aux finales des chœurs que je me rappelle avoir écouté avec ravissement chaque fois que j’allais au concert, guettant l’orchestration avec la même soif du détail.
Le téléphone sonne, vibre à présent dans tout le bureau. Les uns après les autres les employés sont contactés. On ignore quand l’appel de la direction va survenir. D’abord le téléphone sonne, puis la lettre du licenciement arrive.

Publicités

Un commentaire

  1. PdB

    Certains d’entre ceux qui fusillent aiment particulièrement à se croire invulnérables : on les voit, parfois, à la cantine, ils sont entre eux à la même table, un peu à l’écart, et rient sous cape, doucement pour ne pas déranger leur chef, le directeur des ressources qui vient ici non pour manger mais pour capter l’ambiance de la maison. On aime savoir qu’il vient, parfois, on tente de capter son regard, mais il ne regarde jamais personne, il a dans les yeux cette lueur aveugle de ceux qui savent mais n’en veulent rien dire. Parfois, d’un signe du menton, du nez, de la bouche même, il intime à une jeune créature de le suivre, ce qu’elle fait d’ailleurs la plupart du temps, avec cette sorte de volupté que montrent parfois les dominés lorsqu’ils se savent choisis par leurs maîtres et qu’ils aiment ainsi croire s’élever au dessus de leur condition. On ne les revoit jamais, mais c’est sans importance, elles sont remplacées le lendemain.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :