bébés

On avalait les bébés comme des médicaments, quand l’envie était trop forte. La tendre chair aussitôt absorbée vous pénétrait doucement les entrailles, sa fraîcheur s’insinuait savoureusement dans les tissus, le corps se réveillait soudain, on se sentait renaître, on allait vite beaucoup mieux. Lorsqu’on en avait avalé un, on savait qu’on était tranquille pour plusieurs mois.
On gardait les bébés dans des bâtiments qu’on appelait les banques de l’espoir. Chaque ville en avait construit une, on avait suivi la demande. Les commandes affluaient.
A la moindre défaillance, quand on sentait les premiers signes d’abattement, on appelait la banque et on allait chercher son bébé. Les besoins étaient de plus en plus intenses, surtout aux premières annonces de l’automne et en plein cœur de l’hiver. On avait progressivement renoncé aux traitements chimiques devenus largement insuffisants, provoquant en outre de plus en plus d’effets secondaires. Plus tard, quand la production de bébés n’arriva plus à suivre, on dut mettre en place des quotas.
Au départ, on avait instauré une politique systématique de don de sperme et d’ovules par crainte d’une catastrophe planétaire et d’un anéantissement complet de la population. Le recueil des semences devait servir à la constitution d’une nouvelle arche de noé. Mais la catastrophe n’arrivait pas et on ne mourrait pas, on vieillissait seulement, lentement, on avait peu à peu abandonné tout espoir de renouveau.
Les semences s’accumulaient et croupissaient dans les banques. Ce qu’on appelait jadis l’espérance de vie s’était tellement élevée qu’on n’en faisait plus comme avant, des bébés. On se contentait désormais de déposer sa semence.
On disposait d’un réservoir gigantesque. On ferait naître ces bébés mais on ne les laisserait pas vieillir, on n’avait plus la place, ni la force. On déposerait anonymement sa semence dans des laboratoires centraux puis les bébés seraient affrétés dans les banques de chaque ville. Alors on viendrait délivrer le bébé et on se libérerait dans l’avalement.

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2 Commentaires

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  2. PdB

    j’ai vu un jour cent mille enfants (yeah…)
    serrer dans leur poing l’étendard de l’amour révolté… (oh yeah…)
    le vent dansait dans leurs cheveux…
    Et leurs voix faisaient trembler les murs de Babylone (oh yeah)
    Comment veux tu que l’espoir capitule
    et qu’on retourne après ça
    jeter en pâture aux chacals et aux requins
    ce pur élan de vie (oh oh oh)
    Ce cri de rage…
    Oh oh
    Alertez les bébés…!!!
    (Jacques Higelin : on aimerait avoir écrit ça tu vois)

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