seoir

On est content quand on s’assoit. On a plié les jambes et tout en posant ses fesses on se sent incroyablement content. On se lèvera tout à l’heure mais pour l’instant on a gagné ça, de s’asseoir. On a espéré longtemps ce moment. On pense à ce moment inespéré qu’on vient de gagner là, de plier ses jambes et poser ses fesses sur le siège. On savoure le contact du siège, l’écrasement progressif des fesses sur le siège et cette petite descente du corps, comme un atterrissage en douceur, les jambes qui se plient et les fesses qui s’écrasent alors qu’on ne croyait pas que cela serait possible, cette joie de s’asseoir. Cette chance de s’asseoir. On ne savoure pas assez ce moment, on ne sait pas assez la joie que ça fait. On devrait regarder plus souvent les hommes s’asseoir. Le moment où les jambes se plient et où les fesses touchent le siège. Il y a tout le corps qui est content quand on s’assoit, on dirait que tout le corps s’assoit en même temps. C’est un mouvement général des membres qui s’assoient au moment où les fesses touchent le siège, occupent le siège, prennent possession du siège tout entier par les fesses, avec ce relâchement soudain de tous les membres. On ne connaît pas assez la joie totale de l’homme debout qui va s’asseoir. Une fois assis, la joie de l’homme se prolongera jusqu’au moment de se lever et l’homme sera content d’être debout parce qu’il aura été assis. La joie de l’homme debout est souvent d’être assis. Il n’y aucune joie à être assis si on n’a pas à un moment été debout, comme il n’y aucune joie à être debout si ne se présente pas à un moment la possibilité d’être assis, de s’asseoir.

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3 Commentaires

  1. dans bon nombre d’endroits de ce monde, on ignore le siège, s’accroupit ou s’assoit à même le corps, sur les talons, cuisses soudées au mollets, s’assoit sur soi -une autre forme de volupté ?

  2. PdB

    il y a un fort beau poème de Rimbaud (ici magnifiquement dit chanté donné par Léo : http://www.youtube.com/watch?v=gARP3dQhWp4) qui intime de ne pas trop rester sur son postérieur afin de ne pas ressembler au type d’individu qu’il décrit (d’ailleurs, cette innommable régie des transports dispose sur ses quais le type de repose-cul dont on voit un exemplaire magnifique et orange brillant sur votre image afin que des humains ne puissent s’allonger là, ce sont des bannis, des sans feu ni lieu, des gueux, des réprouvés…) mais c’est vrai, parfois, comme on est content de pouvoir s’asseoir…

  3. ruelles

    oui dans le métro s’orchestre cette lutte muette pour être assis, cette sourde course au siège, quand d’autres voudraient seulement s’allonger, ne connaissant pas l’art subtil de s’asseoir sur soi, et les chaises sont là pour dire qu’il n’y a de choix que d’être assis ou debout. Merci de vos visites, Larissa et PdB ! (et merci pour le superbe lien Rimbaud/Léo)

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