Aéroports

Un pacte, ou un contrat, un type de relation qui se base sur la confiance, ou alors la foi, quelque chose qui voudrait que, puisqu’on donne, on serait en droit d’attendre de recevoir, une chose ou un sentiment, quelque chose qui se trame au loin, peut-être, loin de nous, on est là et on signe… Je n’avais pas l’âge de signer, j’étais entraîné par la force des choses (c’est une expression que j’adore) et j’étais là, c’est un aéroport

il paraît qu’on le visitait par millions alors, une sorte de bout de l’autoroute numéro 6, une fin, un aboutissement, les Caravelles s’y posaient, celui que nous empruntions était un DC Six à hélices, on en était là et il faisait presque nuit, et loin de nous s’étalerait le soleil, le clair de l’eau, derrière les rochers et les vagues, une toute petite si elle était mon amie, oui, voilà, quelque chose de l’enfance, de la chaleur, de la croyance et de la confiance. Mes yeux, déjà, n’étaient plus tellement en état de regarder, le gauche s’en allait loucher contre l’arête du nez, mes cheveux devaient être courts, je suçais mes doigts, je devais porter des pantalons courts (on ne disait pas short, on ne disait pas bermuda), probablement pas de chaussettes, des sandales, mais réellement, je ne me souviens de rien sinon de cette photo que j’ai sûrement élaborée ensuite, une photo de mémoire qu’on a là, qui reste un peu sur le bord du bureau, sur laquelle on revient, c’est Saint-Germain-l’Auxerois, cette église qui jouxte la Samaritaine (employer ce nom a quelque chose d’émétique quand on pense qu’il va s’agir d’un hôtel de luxe, propriété, je crois, de celui qui possède la douane de Venise), cette église qui jouxte aussi bien la mairie, où je suis allé déclarer, voilà quatre ans, le départ pour ailleurs de celle qui me cherchait alors, elle avait une trentaine d’années, dans l’aéroport de Nice Côte d’Azur, je m’étais perdu, je suçais mes doigts et mon œil gauche, déjà, vers l’arête de mon nez… Elle m’avait retrouvé, sans me gronder, elle m’avait pris par le bras, et nous étions remonté à bord du DC-6B certainement, direction nord-nord ouest.
Donc, avec ce pays, en arrivant, il y avait ces lettres ici ce ORL, et plus loin en allant vers l’endroit où on délivre les bagages, ce LY, ces lettres à l’envers, et loin devant vous, si vous regardez bien, au fond de l’image, tout au fond, il y la capitale de ce pays, avec lequel, apparemment, ceux de ma famille avaient conclu une sorte de pacte, un contrat, du temps de mes arrières grands-parents, le décret Crémieux, la fin de l’empire, la section française de l’internationale socialiste et le protectorat…

ORL, à l’envers, aujourd’hui je me souviens de ce type dans le métro qui portait un fez (c’est une sorte de tarbouche), ceux de l’aéroport qui se tenaient assis, salle 58 départ pour Alger, robes blanches et babouches, nous sommes arrivés et nous allions repartir, je me souviens qu’alors elle s’est assise, une vieille dame à qui je n’ai pas demandé son prénom mais à qui j’ai dit le mien, quatre vingt huit ans (même si je l’ai dit ailleurs), son sourire contrit, la vieillesse, ce contrat inconscient qu’on a avec son corps (tu me portes et je te soigne), les rhumatismes, la lourdeur du sac, la pesanteur des os, des sentiments et des souvenirs, ya amri, je me souviens, aïchek, sans vraiment m’en rendre compte, non, pas Orly, non, pas Nice Côte d’Azur, mais l’Aouina

Texte et photos de Piero Cohen-Hadria, de Pendant le week-end,
qui me fait une nouvelle fois cadeau de cet échange, et m’accueille chez lui dans le cadre des Vases communicants.

Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative du projet de vases communicants, débuté le 3 juillet 2009 : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Voici la liste de tous les vases de septembre, qu’on peut retrouver sur le site dédié. Ne pas oublier la lecture croisée de Brigitte célérier (samedi) et la mosaïque de Pierre Ménard. Merci à eux et bonne lecture

xavier fisselier http://xavierfisselier.wordpress.com et allearom http://revelittoral.blogspot.fr
Christopher Sélac http://christopherselac.livreaucentre.fr et Michel Brosseau http://xn--chatperch-p1a2i.net
Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.fr/ et Poivert http://gadinsetboutsdeficelles.blogspot.fr/
Eve de Laudec http://www.evedelaudec.fr/ et Danielle Masson http://jetonslencre.blogspot.fr/
Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/ et Jean-Marc Undriener http://arythmies.blogspot.fr/
L.Sarah-Dubas http://lsarahdubas.over-blog.com/ et Sabine Huynh https://www.sabinehuynh.com/index.html
Déborah Heissler http://deborahheissler.blogspot.fr/ et Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/
Anne Savelli http://www.fenetresopenspace.blogspot.fr/ et Christine Jeanney http://destentatives.wordpress.com
collectif Claude Favre dans le jardin sauvage d’Ana NB http://sauvageana.blogspot.com /
François Bon http://www.tierslivre.net/ et Philippe Aigrain http://www.atelierdebricolage.net/
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Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/ et Danielle Carlès http://fonsbandusiae.over-blog.com/
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2 Commentaires

  1. Ce n’était pas forcément un dimanche, mais dans un autre aéroport, à Roissy on voit toujours une Caravelle comme un dinosaure du Jardin des Plantes.

    L’envol vers d’autres cieux, oui, l’au-delà de la Méditerranée, le fez (et peut-être aussi le coup de l’éventail !), on n’en voit plus jamais, me semble-t-il. Les photos de mémoire sont sans doute les plus nettes.

  2. PdB

    Si, pour les fez, déjà dans les souks, il reste toujours des fabricants. Et puis celui que j’ai vu dans le métro, c’était à Belleville, il est vrai, il y a quelques mois… Merci du passage Dominique…

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