derrière

Il y avait toujours ces bruits invisibles derrière, tout près derrière, comme des piétinements sur une jonchée de feuilles ou un sol enneigé. Mais lorsqu’on se mettait volontairement à les écouter, il semblait bien que c’étaient des voix. Des voix humaines, un langage reconnaissable, même si on ne comprenait pas. Une chose difficile à observer. Au moment où l’on se retournait, les murmures cessaient comme par magie, on ne savait plus si on avait rêvé. Est-ce qu’on rêvait ? On se posait des questions. On se disait qu’on entendait des voix. On s’inquiétait. N’était-ce pas des voix intérieures ? Quand on se retrouvait seul c’était pourtant le silence, et ce bruit rassurant des objets, ça n’avait rien à voir. Dès qu’on reprenait sa position initiale, à regarder à nouveau devant soi, les bruits revenaient. On était sûr de cette sensation-là. Il y avait des voix derrière, plusieurs voix qui parlaient.
Durant de longues périodes c’était des chuchotements sans interruption, on se mettait à parler dessus. Quand on parlait soi-même on n’entendait plus rien. On n’avait plus que sa voix extérieure. Combien étions-nous à parler pour ne pas entendre ? Autour de nous il y avait toujours des bouches comme des gouffres, des sourires décongelés. On se rappelait ce jeu d’enfant où l’on se retournait brusquement sur ses camarades qui en moins d’une seconde échangeaient leurs formidables grimaces contre une mimique affable. Il y avait toujours cet instant d’incertitude, entre le rire et la moue, où un affrontement était possible. Mais on se retournait à nouveau. On éclatait de rire. On adorait ces grimaces.
Il est si difficile de parler de ce qu’on ne voit pas. La parole marche souvent avec le regard. Est-ce que soi-même on ne s’était pas déjà retrouvé maintes fois dans cette position, derrière un dos, à parler ? Il fallait se rappeler. Le dos facilitait le déliement de la parole. Sa surface plane et large, comme un tableau noir devant une craie, il y avait sûrement là une invite à parler.
On ne se demande jamais assez ce qui se passe derrière son dos. Le monde qu’il y a derrière soi. On a devant soi la moitié du monde, et toute l’autre derrière. Il faut toujours qu’on tourne le dos à quelque chose. On devrait pouvoir éternellement se retourner. Il n’y aurait qu’à se retourner. Ne jamais cesser de tourner.

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2 Commentaires

  1. PdB

    J’ai regardé parce que Réaumur et, en face, une boutique de musique où j’allais quelque fois, l’église et le musée, l’école, les statues de la place, quelque chose d’ancien et ce magasin, toujours, la rue passante de voitures mais pas d’humains, un havre peut-être, la nuit quelque chose de difficile à traverser, les autobus, les motos on continue et si à droite vers l’est, on descend celle du Renard, on aura Notre Dame et Beaubourg…
    J’ai regardé la
    https://ruelles.wordpress.com/2010/12/04/compris/
    et là
    https://ruelles.wordpress.com/2011/02/12/bebes/
    et là
    https://ruelles.wordpress.com/2010/07/08/vetue/
    Exégète alors (il y en a d’autres, mais j’en suis moins certain) (histoire de regarder un peu loin, derrière son épaule, le passé…)

  2. ruelles

    A ce degré-là c’est du grand art ! A mon humble avis (mais peut-on s’y fier ?), je crois bien que ce sont les seules images ici de cette rue où il y avait cette fameuse librairie musicale remplacée depuis quelques temps par une boutique de fringues. Tiens, non, il y a aussi là (https://ruelles.wordpress.com/2011/10/03/boulets/), l’entrée du petit jardin du musée à l’angle de ce carrefour motorisé. Bravo pour ton flair, merci de ta visite !

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