une petite ville (6)

archi6

Une petite ville, pas un bourg, mais pas une métropole non plus, il faut bien commencer quelque part. On s’intègre dans le voisinage, on rend service aux petits commerçants, on rend visite aux voisins, bien qu’on déteste les villages, l’esprit de chapelle. Pas d’outrecuidance ni de condescendance, il faut savoir s’entraider entre voisins, même si on n’aime pas leur maison. Aiguiser ses griefs et se concentrer à fond sur les palaces, les villas, les hôtels, les parkings, les centres commerciaux qui dégoulinent des boulevards et bouchent toute la vue. Il faut se solidariser entre petits, désigner limpidement ses ennemis, les bétonneurs, les gloutonneurs et tous les glaceurs d’espaces. Trouver un moyen de s’entendre et de se faire entendre. L’union des petits c’est la force sacrée, même si on ne mélange pas tout, on reste lucide, prudence, on sait qu’il y a de futurs grands chez les petits et d’anciens petits chez les grands. L’idéal c’est de créer un nouveau cycle, d’opérer un tour complet sur soi-même, un retournement, de faire sa révolution locale. On pourrait commencer par dégommer l’office du tourisme, mettre des bombes puantes dans les agences immobilières, occuper les buildings, détourner les panneaux de circulation. Il faut changer le sens de la visite. Noyauter les guides, pirater les annuaires, investir les pages jaunes, poser des autocollants fluo sur les portails, distribuer des tickets gratuits, multiplier les connexions. Maintenant qu’on a une maison, on va pouvoir accéder à la parole municipale. Infiltrer les colloques scientifiques, les conférences et les conversations, proposer des ateliers pratiques avec les enfants, les vieux, les ados, les prisonniers, les malades, les femmes, les sans-papiers, les animaux…, investir tous les magasins de bricolage et multiplier les démonstrations, faire des maquettes, des expos photos, des présentations d’intérieurs multiples, raconter le futur des maisons. Quelques mots-clés suffisent, des termes génériques pour que les gens comprennent simultanément. Mais attention, ne pas se perdre dans les réunions, penser à reprendre régulièrement son souffle, se ménager, regagner son île, on n’est pas des sportifs, on n’aime pas la compétition, du calme, on respire, on pratique un art martial évolué : puiser la force de l’adversaire pour le retourner.

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