cris

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Les hommes qui crient dans les rues, les salles d’attente ou les trains, nous nous demandons bien ce qui les fait crier. Nous ne savons quoi faire d’eux. Nous les entendons de loin, nous accourrons vers eux mais nous ignorons comment les aider. Nous leur faisons des signes mais ils ne semblent pas nous voir, pas nous entendre. Nous essayons de leur parler, de les questionner, de les calmer, nous leur prenons le bras mais ils nous écartent d’un geste sec et continuent de crier. Ils ne semblent pas avoir besoin de nous.
Lorsque nous insistons un peu, les hommes qui crient s’interrompent à contre-cœur et nous demandent brutalement pourquoi nous les arrêtons, ce que nous voulons d’eux. Comme nous ne savons quoi leur répondre, ils reprennent aussitôt leurs cris en nous tournant le dos.
Nous nous angoissons beaucoup à leur sujet, nous croisons de plus en plus d’hommes qui crient et nous ne savons que faire de leurs plaintes, comment les soulager, par quel moyen réduire leurs cris. Ils ne manifestent aucun signe de souffrance.
Nous ignorons pourquoi lorsqu’ils cessent soudain de crier ils se montrent étrangement calmes, rivés dans leurs pensées ou dans leurs activités. Parfois la pause ne dure pas et ils se remettent assez vite à crier.
Nous nous demandons à qui s’adressent ces hommes qui crient, s’il s’agit de quelqu’un de précis ou si ce sont des plaintes intimes ou solitaires. Car ils ne regardent personne lorsqu’ils crient, et nous ne voyons jamais personne à leurs côtés. Nous ne parvenons pas à saisir les paroles de ces cris, mais nous avons le sentiment qu’ils s’adressent à quelqu’un qui n’est pas là. Est-ce cette absence qui les fait crier ? Dans leur vacarme il nous semble parfois discerner des « tu ». Est-ce une personne en particulier ou plusieurs personnes successives, ou bien un tu imaginaire ? Nous nous demandons si les hommes qui crient ne crient pas leur solitude. S’ils n’ont pas perdu le sens de la communication. Pensent-ils atteindre leur interlocuteur en criant ainsi ? Lorsque nous les suivons nous ne voyons jamais personne les rejoindre. Peut-être s’agit-il d’une personne que nous ne voyons pas, que nous ne pouvons pas voir.
Nous sommes aujourd’hui fatigués de tous ces cris. Il y a de plus en plus d’hommes qui crient autour de nous et nous prenons peu à peu l’habitude de les laisser crier sans réagir. Lorsque nous les croisons dans les rues, dans les transports, nous continuons désormais nos trajets sans les déranger. Nous faisons de moins en moins attention à eux. Nous nous disons simplement : c’est un homme qui crie.
Nous sommes parvenus à ne plus réellement entendre les hommes qui crient, à devenir sourds à leurs plaintes. Nous trouvons maintenant ordinaires leurs cris, ordinaires les hommes qui crient. Nous nous sommes faits en quelque sorte à leurs cris. Nous élevons simplement un peu plus la voix pour nous entendre.

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