sur Terre

Ah, s’il suffisait de partir d’un endroit pour en joindre un autre, ça ne durerait que quelques minutes, un quart d’heure ici

un autre là, un encore

on passerait sur le pont, on avancerait, il ferait nuit, toujours il a fait nuit, il aurait suffi de simplement aller dans la rue, passer devant la résidence pour vieillards bâtie sur l’Orillon

il aurait suffi de se retrouver dans la rue, de regarder les lumières, et la magie du temps comme un fleuve aurait coulé sous les ponts, il y aurait eu des voitures filantes sous les lumières, la Terre aurait été dite « impossible » par une affiche, et marcher

dans la rue, regarder le monde, la nuit tourne et les lumières elles aussi, il aurait suffi de quelques minutes, oh bien sûr il y aurait eu de la pluie, toujours il a fait gris, rejoindre la salle de cinéma, juste au pied du métro, en passant, nous aurions croisé les voies de chemin de fer, nous aurions laissé derrière nous les lumières des lampadaires boules d’or, on s’en souviendrait « ma p’tite boule d’or, ça ne fait rien j’en sais rien », dans la main la main d’un enfant, hein, on aurait eu au cœur et aux yeux toute cette joie de vivre

et de marcher sur l’asphalte, le temps n’aurait pas suffi, tu vois bien, alors on aurait dit, en regardant ce film, en sortant

tu vois, sur le boulevard, dehors il y aurait eu les épiceries ouvertes, les restaurants dans la nuit, il y aurait eu cette histoire et ces images, une soirée comme une autre peut-être, c’était la paix, c’était le temps où, dans les rues, l’air lui-même avait cette attitude de liberté, il se laissait couler entre les immeubles, il y avait au ciel noir, dehors et dehors, il y aurait eu à heure fixes ces lumières

et à date dite, ces fêtes, il y aurait eu du temps, celui de voir grandir ses enfants, celui de regarder ses parents partir, il y aurait eu sur la platine, une machine, tournante, posée dans un des meubles du salon, un disque, du piano, il y aurait eu simplement ce ravissement d’entendre enfin quelque chose de beau et non plus les bruits des bottes, des armes qui tranchent, non pas les cris des enfants qu’on égorge, des femmes qu’on viole, ni même les odeurs de ces guerres qui nous viennent, celles des sueurs de celles et ceux qui, bardés d’explosifs, dans les marchés ou devant des arrêts d’autobus, déclenchent, leur système maudit de mise à feu, martyres de quoi, la Terre aurait été dite « impossible », et sur les rues auraient brûlé les autos

texte et photos : Piero Cohen-Hadria

C’est toujours un grand plaisir de recevoir Piero Cohen-Hadria, du site Pendant le week-end,
et de faire un saut chez lui par les Vases communicants.

Principe des vases communicants :
Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Le projet a débuté à l’initiative de Tiers Livre et de Scriptopolis le 3 juillet 2009.

On trouvera la liste de tous les échanges de janvier 2014 sur le site créé pour l’occasion par Brigitte célérier. Merci à elle !

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3 Commentaires

  1. Déambulation la nuit, toutes les fêtes hurlent, le jour reviendra !

  2. Il y aurait eu… Il y a, ceux qui savent imaginer la douceur et le temps hors le tumulte du monde. Pour un instant émouvant.

  3. francoislenicois

    Ce sont des quartiers que je connais bien pour y avoir habiter mais étrangement vos mots me renvoient à la nuit et au brouillard qui sont tombés là pendant les années d’occupation où je n’étais pas né.

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